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Le docteur est surpris, autre époque, même technique ? Umaguma montre quelques centaines de mètres plus bas, en pointant son doigt, deux arbres éloignés de quelques centaines de mètres plus bas. Ils sont très hauts, plein sud . Il explique qu’il a tendu un grand filet , sur plus de 10 mètres de haut. Les oiseaux migrateurs en recherchant la chaleur des vents du sud pour mieux être portés par l’air, s’engagent dans les courants chauds et viennent se prendre dans les mailles du filet. Chaque soir il les redescend et ramasse les petits oiseaux. Pour mieux se faire comprendre il imite leur cri et les appelle, ça fonctionne bien. Le docteur l’écoute, les enfants aussi. Umaguma vient de marquer des points. Le docteur est médusé de découvrir son intelligence pratique.
Umaguma fait signe au docteur de le suivre, il contourne la cabane, arrive dans un champ labouré où poussent pèle–mêle du millet, des arbres pleins de fruits. Il y a deux pommiers sauvages, un poirier et une treille qui grimpe le long des branchages. Le docteur est stupéfait de voir l’évolution de son ami. Umaguma est fière de son potager. Il rappelle au docteur qu’il est issu d’une tribu vivant sur la montagne juste en face. Il en est parti depuis longtemps, il n’était pas d’accord avec ses frères. Un vieux sage lui a enseigné toutes ces chose. De temps en temps, il le voit et lui demande conseil. Il lui a appris à tresser les filets. C ‘est de lui qu’il tient tout son savoir.
Umaguma cueille un peu de millet , le met dans le creux de la main de Melchior qui le porte à sa bouche, en apprécie le goût. Sa tête oscille de haut en bas. En connaisseur, il note son approbation. Le temps s’écoule, la soirée est bien avancée, il est temps de rentrer à la caverne pour dîner. Une odeur de friture flotte autour d’eux. Chouette du poisson ! dit Pierrot . On va se régaler. Sur le foyer de pierre et de cendres rougies , à même le sol ,Uma a préparé le dîner.
Une lance de bois est placée sur deux grosses pierres placées de chaque côté du feu.
De gros poissons traversés de part en part, le surplombent léchés par le haut des flammes dansantes. Ils grillent en dégageant une odeur que flatte les narines de la nombreuse famille.
C’est un barbecue ! Dit Saucisse en s’exclament ! !
Presque. Dit le docteur.
Quand ils sont cuits, Uma place devant chacun d’entre eux une pierre plate, creuse au milieu.
Elle prend la lance et avec un autre morceau de bois elle fait glisser un poisson sur chaque pierre. Elle l’arrose ensuite avec un bouillon de feuillage qui bouillonne à petit feu sur la cendre chaude. Umaguma saisit un pic de bois, il prend le poisson, le porte à sa bouche, et le dévore à belles dents. Chacun l’imite timidement d’abord, puis sans aucune retenue. C’est vrai qu’ils ont grand faim.
Gros lard : C’est bon, mais c’est plus pratique à table avec une fourchette.
Pour une fois que tu peux manger avec tes doigts profites-en. Dit Saucisse.
Tapioca : Moi, je préfère les fruits, mais j’ai très faim. Le docteur s’amuse de voir ses enfants découvrir la vie d’ici, et s’enrichir d’une aventure qu’ils n’oublieront jamais. Le repas terminé, ils vont dormir. Ils sont si fatigués que leurs yeux se ferment dès qu’ils sont allongés, et ils s’endorment très vite. La nuit sera bonne pense le docteur. Le docteur Melchior et Umaguma restent seuls et entreprennent un long tête à tête.
Le docteur explique à Umaguma qu’ils repartiront dans trois jours par la voie des airs. Il aura besoin de lui, pour réparer le ballon. Si Umaguma l’aide, il lui donnera son secret de feu et son appareil qui coupe. Umaguma réfléchit, il est fier et content de pouvoir rendre service à son vieil ami. Il décide de trottiner vers son village dès le lendemain matin pour demander de l’aide au vieux sage et à ses frères. Il fait comprendre au docteur qu’ils devront traverser la forêt près du marécage, ce sera dangereux, il y a des bêtes sauvages, énormes, carnivores plus particulièrement une famille de dinosaures. Elles ont mangé plus d’un être humain. Le voyage sera difficile, mais il emmènera tout le monde par sécurité. Le Docteur très satisfait, se lève pour rejoindre son lit de feuilles séchées, mais avant, il regarde les étoiles, et vérifie si ses calculs sont exacts. Il doit absolument retrouver son passage qui le fera revenir vers le XX siècle. Il se couche, et s’endort.
Le lendemain matin, tout le monde s’éveille de bonne heure et de bonne humeur. Après quelques fruits juste cueillis, engloutis rapidement, ils montent au sommet de la colline pour assister au lever du soleil.
Avant de partir, Umaguma ferme la cabane. Il tend ses filets avec beaucoup de précautions. Les enfants ont enfilé leur sac à dos, le maître aussi. Uma les avait placés devant l’entrée pour ne pas les oublier. Mais où allons-nous, pensent les enfants. Ils n’ont qu’à suivre le mouvement, ils verront bien. Il ne peuvent rien demander au docteur, il est déjà 200 mètres devant.
Le ciel est comme un incendie incandescent, pourpre rouge. Les couleurs semblent vouloir engloutir l’horizon. Une boule ocre, rouge, monte tout doucement vers le ciel, d’abord on devine ses contours, puis ils se précisent et le gros noyau passe enfin, tout entier l’horizon. Il lâche alors ses rayons puissants qui picorent doucement le visage de chacun. Puis la chaleur augmente au fur et à mesure qu’il grossit. Le regard ne peut presque plus soutenir cette apparition. Le spectacle est grandiose et le Docteur Melchior l’apprécie. Mais il est temps de partir, la route sera longue. Il donne le signal du départ. Au lieu de redescendre vers la caverne, il suit Umaguma en disant. Allez en route, ne perdons pas de temps.
Où va t-on docteur ? Demande Pierrot.
Vous le verrez bien suivez-moi de près, ne vous écartez pas et surveillez les petits.
Les enfants comprennent mieux pourquoi Umaguma a refermé la grotte et mis en place ses filets de sécurité. Il n’a pas de chemin défini mais Umaguma semble connaître parfaitement la route. Sa femme marche à ses côtés. Elle porte sur son dos le plus petit de la tribu. Derrière, suivent le docteur et tous les enfants deux par deux. Les plus grands ferment la marche. Il fait beau et chaud. La colonne serpente à travers les arbres, les fougères. On entend dans le lointain le barrissement des bêtes sauvages. Au dessus de la forêt des rapaces tournent en vol glissé, circulaire planant au-dessus des têtes, cherchant leur proie. Un photographe aurait pu prendre une photo surréaliste pour fixer sur la pellicule ce que personne ne croira jamais. C’est ce que fait Tapioca, elle se met en arrière de la colonne, sort de sa poche son petit appareil photo et emprisonne en quelques secondes des images plus réalistes que n’importe quel témoignage. Umaguma atteint le petit bois. La tête verte des sapins oscillent au gré de vent. Il se retourne souvent pour vérifier que personne ne manque. Il compte son monde de son regard noir et pénétrant. IL semble satisfait toutefois, il leur demande de se rapprocher de lui.Il veut pouvoir intervenir très vite, sur toute attaque intempestive d’animaux mal intentionnés. Le docteur fait tournoyer sa canne et Umaguma reprend sa marche en avant. Il montre un arbre de son doigt tendu…Par gestes, il explique que des serpents très gros font la sieste, se laissant caresser par les rayons du soleil montant. Leur corps froid se réchauffe sous la chaleur, ils sont « benèze » les diables. L’arrivée d’intrus sous leur nez risque de les déranger, de les énerver. Une morsure de ces énormes bêtes à la mâchoire décrochable peut faire de graves blessures, surtout sur des enfants. Avec son gourdin de bois, il frappe le tronc des arbres. Nous voyons un énorme serpent, invisible au premier abord, se détendre, son œil s’ouvre et une langue fourchue apparaît. Umaguma s’est retirée à plusieurs pas, il le montre du doigt, la bête énorme n’apprécie pas d’être dérangée, mais l’ennemi est trop loin pour être attaqué, voir attrapé. Dommage se dit-il dans son œil courroucé, la petite tête blonde m’aurait fait un délicieux repas…l’œil aux aguets, il repose sa tête sur la branche et resserre ses anneaux qui se confondent très vite avec la couleur des branchages et du feuillage. Il est redevenu invisible. Même pour un œil averti il est désormais impossible de l’apercevoir. La troupe repart en prenant soin d’éviter tous les arbres dont les branches se trouvent au niveau de leurs têtes. Ils arrivent près d’un grand trou où viennent se désaltérer les animaux. Cette mare est alimentée par un petit cours d’eau venant du ventre de la terre. A cette endroit l’eau est retenue prisonnière en nappes naturelles.
- Cette terre ressemble à celle utilisée par Uma pour faire ses poteries, dit le docteur.
En s’approchant, ils voient des oiseaux posés sur la tige de grosses fleurs, ressemblant à de gros nénuphars sauvages de chez nous. Ils piquent de leurs longs becs les verres vivant dans la vase. De temps en temps ils plongent la tête dans l’eau et la ressortent aussitôt en la secouant Le docteur arrête la troupe. En silence, il s’approche d’un buisson de ronces qui le cache de la mare.
- C’est quoi ces oiseaux ? dit Saucisse.
- Ce sont des cigognes , dit Tartine.
Elle n’en a jamais vu de sa vie, sauf celles photographiées par sa cousine au cours d’un voyage en Alsace. Elle les a reçu la veille de son départ, elle s’en souvient très bien car elle fut surprise par le long bec des animaux.
Le docteur
Mais non, ce ne sont pas des cigognes, pas ici et pas par là, à cette époque.
Pierrot
- Mais ce sont quoi Docteur…ces oiseaux ?
Le Docteur
Je crois que ce sont des hérons à la pêche. Le petit groupe s’approche en curieux tout doucement. Il y en a un tout près à cinq mètres, chuchote gros sel . Le docteur pose le doigt sur sa bouche pour imposer le silence. On n’entend plus que les bruits de la forêt et pas très loin d’ici de formidables barrissements .
Le docteur observe les oiseaux, ils ont un cou très long, très droit, de couleur noire et vert foncé d’un ensemble parfit. Une petite tête, grosse comme une Agathe braillée laisse apparaître un œil vif, brillant, clair, qui observe et semble tout percevoir à la vitesse de la lumière. A peine, une ombre s’approche t-elle du fond de l’eau, qu’il plonge son long bec pointu et remonte de petits poissons qui frétillent en travers de leur bec.
D’un coup de tête, il fait tourner le poisson entre ses deux pinces et l’avale d’une seule traite, jusqu’au plus profond de son gosier. L’estomac fera le reste. L’autre à côté n’a pas les mêmes goûts. Délaissant les vers et les poisons, il ne s’intéresse qu’aux portefaix. Ce sont de petites racines creuses remplis de petits vers blancs. Ils deviendront plus tard des larves avant de se transformer en alevins, puis en poissons. Ces portefaix ont la particularité d’être très nourrissant, de très bon goût et pleins de richesses en calcium qui fortifient les animaux. Les oiseaux en font de véritables cures pour mieux se défendre dans cette faune et cette flore hors du temps. Mais les hérons ont du sentir une présence incongrue, car très vite après un signe d’inquiétude de l’un d’eux, ils s’envolent à tire d’aile vers un endroit plus tranquille. Avec ce qui va suivre ils ont bien raison.
Umaguma regarde le docteur et son visage se rembrunit. Il se tape sur la poitrine et dit au docteur qu’un grand danger arrive. Jetant un coup d’œil aux alentours, il avise un groupe de rochers rapprochés un peu plus haut. Il demande au docteur d’y conduire la petite troupe.
- Que se passe-t-il ? dit Gros Lard.
Tapioca
- Je ne vois personne.
- Le Docteur
- Silence et suivez-moi vite.
Le docteur ne comprend pas, mais il est sûr d’une chose, le changement d’attitude totale et l’angoisse qui s’est peinte instantanément sur le visage d’Umaguma laisse présager le pire, il vaut mieux l’écouter et se retrancher sans attendre. Après il sera toujours temps de voir. Umaguma a collé au sol son oreille et avec sa main gauche il montre une, puis deux directions. Il est en train d’écouter des bruits qui viennent de l’autre côté de l’étang. Il devine que les arrivants ne sont qu’à quelques centaines de mètres d’ici. Ils viennent dans notre direction, sans doute pour se désaltérer. Mais il a reconnu la démarche pataude, et lourde des dinosaures. Il en compte plusieurs. Ils arrivent de deux endroits différents. Les familles dinosaures ne se séparent jamais. Il y a au moins deux familles . Elles ne s’aiment pas entre elles . Si ce ne sont que des femelles et leur petits, tout se passera très bien. Mais si ce sont, un couple et leurs petits d’un côté et un male de l’autre, les choses risquent de dégénérer et une grosse bagarre n’est pas à exclure voir inévitable.
Le docteur a imité le geste d’Umaguma . Il comprend tout de suite le danger, Uma et ses enfants font de même. Ils reconnaissent tous le pas des mastodontes .
Le téléphone préhistorique fonctionne bien et sans coupure. Quant à nos cinq naufragés, ils ont bien collé leurs oreilles par terre pour faire comme tout le monde ils ne distinguent rien, sauf le bruit sourd d’un train qui arrive mais ils n’ont vu ni gare, ni rails , ni wagons…
Tapioca
- Vous cherchez des champignons ou vous avez perdu quelque chose ?
Pierrot
- Idiote, tais toi, tu ne sais pas ce que tu dis, écoute plutôt.
Tapioca
- Oh, toi, la ferme , je plaisante.
Pierrot
- Ce n’est pas le moment.
Le Docteur
- Chut, dit le docteur.
Umaguma regagne leur retraite derrière les rochers et il observe le paysage. L’arrivée des dinosaures n’inquiète pas que nos voyageurs, au fur et à mesure qu’ils se rapprochent, la nature change. Les oiseaux s’envolent , ils fuient la clairière et le silence se fait. Une chaleur moite s’installe. Une ambiance bizarre gagne le groupe et une forte angoisse nait dans le cœur de chacun. L’humeur badine et joyeuse qui les animait depuis ce matin s’est envolé comme pour leur rappeler qu’ils ne sont pas en week-end prolongé, mais qu’ils vivent une véritable aventure. Le moindre dérapage et c’est le cours même de l’histoire qui peut être changé. Observateur oui, acteur certainement pas. Le docteur réfléchit. Doit il rester ici.
Il se doit de redoubler de prudence et de méfiance. Il en fait part à Umaguma . Ce dernier est d’accord avec lui. Celui-ci mesure d’un regard la situation géographique de l’endroit. Elle semble le rassurer.
Malgré tout, ils vont peut-être devoir rester une heure, voire deux ou trois. Si le vent tourne, il portera immanquablement leurs odeurs vers les dinosaures. Ils sont si friands de chair humaine qu’ils les débusqueront et les chasseront ..à moins que …
Le docteur avait deux armes redoutables…Son briquet et son pistolet. Le feu impressionne tous les animaux, si le vent tourne il faudra vite allumer un feu de barrage pour se protéger. Il les contiendra loin d’eux, peut être les fera t-il fuir..
Si cela ne suffit pas, le docteur n’aura plus qu’à se servir de son arme, bien viser le centre de l’œil du mâle, et l’abattre.
Surtout ne pas le blesser et dès la première balle, le tuer. Blesser un animal est plus dangereux encore. Le docteur sait tout cela , il en est bien conscient. Mais il n’est pas venu du bout du temps pour tuer des bêtes, fussent-elles sauvages…surtout avec des armes d’un autre âge. La nature a tout prévu, tout organisé, tout, sauf le mélange des temps. Le docteur se devait d’intervenir que pour protéger son petit monde, mais en respectant se règles, pas en jouant avec la mort.. Hier, il a tué l’ours sous les hourra de tous, mais il l’a regretté aussitôt. Il a tiré sans réfléchir, par réflexe, comme l’aurait fait un chasseur de safari. Lui, le docteur Melchior n’en a pas le droit. Il a le pouvoir du temps, il est immortel. Il a au cours de sa longue vie subi d’autres situations autrement plus graves. Il s’en est toujours tiré à son avantage. Il est là pour protéger la vie. Il ne doit en aucun cas la supprimer. La mort de l’ours fut une erreur, elle ne doit pus se reproduire.