Blog gastronomique recettes histoire de la cuisine. Les histoires, les gens, les recettes, les produits, photos et films. Découvrir, répondre aux questions et montrer la cuisine ou la vie d'ailleurs
Il est 9h30 ce matin-là, personne ne manque à l’appel. La petite troupe démarre. Certains courent, les plus petits ramassent des pierres sur le côté du chemin et les lancent en visant des choses invisibles.
- Calmez-vous dit Pierrot.
Ils ramassent un ballon, et jouent à Durandal avec leurs épées de bois.
Pierrot et Tapioca sont plus sérieux.
- Tapioca : Que va-t-on lui dire aujourd’hui.
- Pierrot : Rien de spécial, mais il va nous montrer plein de choses, et je veux voir son gros ballon de près.
- Il va nous faire faire un tour ?
- Peut-être, il sait que ça nous fera plaisir. Compte sur moi pour le lui rappeler.
- C’est vrai qu’il est très vieux ?
- C’est sûr. Mais il semble moins vieux que certain vieux du village .
- C’est peut-être que les années n’ont pas d’emprise sur lui.
- Tu crois ? Il est peut être immortel...
- C’est quand même bizarre qu’il soit sur tous les tableaux du grand salon et qu’il ait toujours la même tête.
- Tu as vu, il est exactement pareil avec Louis XIV qu’ aujourd’hui.
- C’est peut-être un fantôme.
- Tu es fou, tu veux nous faire peur ?
- Les fantômes ne parlent pas et ne se montrent que la nuit.
- Tu crois ?
- Qu’est-ce que vous dites, dit Saucisse en essayant d’attraper un superbe papillon.
- Ils parlent de fantômes dit Gros sel, et joignant le geste à la parole, il imite leur cri.
- Gros lard : Ouh ouh ouh en jouant avec sa voix autour de Tapioca pour lui faire peur
- Tapioca : Toi, je vais te gifler.
- Gros lard : Elle a peur, elle a peur elle a peur !!!! Dit-il en rigolant.
- Tapioca : non, je n’ai pas peur, mais quand même la situation est bizarre, mieux vaut ne pas jouer avec le feu.
Pierrot attrape Gros lard et lui tord le bras.
- Arrête Pierrot, tu me fais mal dit-il.
- Pierrot : Arrête toi-même.
- Gros lard : Mais, je m’amuse, ce n’est pas méchant.
- Pierrot : Je te dis d’arrêter, un point, c’est tout.
- Gros lard : Bon, ça va, j’ai compris, j’arrête mais lâche-moi. Pierrot le lâche
- Gros lard est tout rouge, vexé. Il reprend sa place dans le groupe à quelques mètres derrière eux en bougonnant, mais il n’adresse plus la parole à personne jusqu’à la grille du château.
Arrivé devant, Pierrot tire la chaîne dorée qui fait basculer le carillon au-dessus de la porte. La cloche de bronze, oxydée par le temps raisonne frappée par le marteau de plusieurs petits coups secs.
Il tire plusieurs fois sur la chaîne. Le son tinte avec une résonance claire, perceptible certainement très loin. L’écho renvoie le son comme un roulement de tambour qui s’égrène, tout doucement, porté par le vent.
Un bruit de pas se fait entendre derrière la porte, c'est le jardinier qui arrive.
On attend un bruit de chaîne et de loquet qu'on retire en grinçant de façon acide.
- Ah, c’est vous les enfants, je crois que le docteur vous attend, dit-il, avec un français impeccable, ponctué quand même d’un fort accent d’Outre Rhin.
- Bonjour, Mr Ralph.
- Comment allez-vous ?
- Oh, très bien.
- Comment va le docteur Melchior ?
- Oh, je crois qu’il est très impatient de vous rencontrer, il vous aime déjà beaucoup. Il m’ a fait ramassé beaucoup de fruits pour vous.
- Les gros du jardin, dit Gros lard.
- Bien sûr, je les ai goûtés, ils sont très bons.
- Vous êtes gourmand Ralph, dit Tapioca.
- Chut ! fit-il en mettant son doigt sur sa bouche, il ne faut pas le dire.
Les enfants rient de bon cœur.
Tout en parlant Ralph remet la grosse clé dans la serrure de la petite porte de bois toute clouée et referme la porte.
- Allez, vite. Personne ne doit vous voir entrer ici.
- Mais on ne fait rien de mal.
- Je le sais, mais vous connaissez les gens du village. Si par malheur ils vous voient rentrer ici, ils appelleront les gendarmes, et nous serons tous ennuyés.
- Il est pourtant gentil, le docteur Melchior, dit Gros lard.
- Ralph : Oh ! C’est un cœur d’or, mais tout le monde n’a pas la même opinion que vous.
- Tapioca : Personne ne le connaît.
Tout en parlant, ils traversent le parc. Ils foulent les petits cailloux blancs de leur chaussures, tout est calme et beau. La pluie a cessé et le ciel est gris.
Les nuages sont d’un blanc sale, ils se chevauchent et cachent le beau ciel bleu présent au-dessus des têtes pendant toute la semaine. Hier, ils sont arrivés par l’ouest, et le temps a changé.
- Il ne fait pas beau aujourd’hui, Mr Ralph, dit Pierrot.
- Ralph : Oui, mais c’est bon pour le jardin, très bon même, je n’aurais pas à arroser aujourd’hui surtout que le puit est presque à sec.
Toute cette discussion bruyante alerte les chiens. Ils accourent à la grille en reconnaissant les enfants et leur tournent autour en faisant des sauts de cabri. Ces changements dans leur vie, leurs apportent un peu de gaieté. Ils aboient tout contents.
Silence, les chiens, dit Ralph. Laissez les enfants. Allez en route, Her docteur nous attend.
Tous prennent le chemin du château, en direction du perron. Les chiens courent un peu dans tous les sens, faisant les fous, et les enfants sont heureux d’être là.
- Tu as vu comme les chiens nous font le fête. Ils savent que c’est un peu grâce à eux que nous sommes ici. Ils sont fiers de nous avoir trouvés, et ils le font remarquer.
- Tu crois ? Dit Gros lard. Mais les chiens ne pensent pas !
- Tu te trompes. Un chien a beaucoup de mémoire. Il se rappelle toute sa vie de ceux qui les aime, comme de ceux qui leur font du mal. Mais ils ne mordent pas.
- Un chien mord quand il a peur, dit Ralph. Ils attaquent pour mieux se défendre. Ils savent que vous êtes gentils. De toute façon, ils sont plus forts que vous.
Tout en discutant, ils arrivent au pied du grand escalier de pierre. Le docteur Melchior, informé par le tapage des uns et des autres, les attend sur le perron.
Il les salue d’abord de loin avec la main, les laisse arriver au pied de l’escalier et leur crie : Bonjour les enfants !
- Tous en cœur : Bonjour, docteur Melchior ! Vous allez bien ?
- Le docteur : Oui, merci les enfants, je préfère vous voir en visite, venir par la grande porte.
- Tapioca : Nous aussi, docteur. C’est plus agréable et nous avons moins peur.
- Le docteur : Avez-vous bien travaillé à l’école cette semaine ?
- Pierrot : Oui, mais c’était les compositions, il a fallu tout réviser. Mais c’est fini, ce sont les dernières et j’ai tout su.
- Le docteur : C’est bien Pierrot, tu deviendras un bon garçon et tu feras honneur à tous tes amis, tes parents et à tous ceux que tu aimes. Tu dois continuer à bien travailler à l’école.
- Tapioca : Moi, je suis toujours dans les cinq premières.
- Le docteur : C’est bien, mais si tu veux rester l’ami du docteur Melchior, il te faudra devenir la première.
- Tapioca : Oui, je le veux bien, mais c’est l’orthographe, je fais toujours trop de fautes.
- Le docteur : Il faut lire ma petite, lire et relire sans relâche, la langue française est si belle… J’ai connu de grands poètes, de grands écrivains tout au long de ma vie, dans tous les pays, mais c’est en France que je me suis le plus cultivé. Il y en a pour tous les âges, pour tous les goûts.
- Regarde Jean de la Fontaine. Je l’ai bien connu, je suis même devenu son ami. Il habitait château Thierry, dans une petite rue qui monte vers le château, un personnage.
- Il aimait les voyages, les femmes et les plaisirs. Le docteur s’est assis et il parle de sa voix calme et posée. Les enfants l’ont rejoints, ils sont tout autour de lui. Ils sentent que le docteur va leur raconter de belles histoires.
- Un jour, la Fontaine entreprend de se rendre à Lisbonne. C’était un littéraire, brillantes études au lycée, beaucoup de turbulences, élève difficile mais d’une intelligence supérieure.
- Arrivé à Lisbonne, le roi l’invite à la cour. Il est reçu dans les familles nobles. Le roi de France l’avait chargé de toutes ses lettres de créances. Il accomplit sa tâche à la perfection.
- Toutes les demoiselles rêvaient d’être remarquées par ce brillant et jeune cerveau qui avait la confiance du France. Tous les soirs, il est invité, on le fête. Ce n’est que soirées brillantes, feux d’artifices grandioses, danses et repas plantureux.
- La Fontaine n’est vu qu’accompagné des plus exquises beautés nobles de la ville. Comme le séjour se termine, la Fontaine est l’invité d’un des membres de l’académie royale de Lisbonne. Il s’y rend en grande pompe. Il arrive dans un carrosse doré tiré par six chevaux Alezan noirs.
- La Fontaine est reçu en grand seigneur et les académiciens lui offrent un très beau livre écrit à la main. Le reluire est en cuir, le papier est en vieux parchemin de mouton et les lettres en or.
- Un véritable chef d’œuvre des artisans écrivains, et relieurs du pays. Il apprécie ce présent, écrit dans une langue qu’il n’a pas apprise, mais se promet de le faire traduire, dès on retour dans sa bonne ville de château Thierry.
- C’est ce qu’il fait. Il convoque son secrétaire, le charge de faire traduire le manuscrit. La seule chose qu’il connaît, c’est le titre : « Les fabuleuses fables d’Esope ».. auteur Grecque, vivant 500 ans avant Jésus Christ.
- A la lecture de la traduction, La Fontaine est séduit par les textes qu’il a sous les yeux. Il retrouve dans les phrases et les pensées d’Esope, le mal de son siècle et de ses habitants. Il décide donc de les recopier.
- Pour être dans le ton de son siècle, il met les textes en vers, et les appelle « Fables de la Fontaine ».
- C’est une superbe tricherie, mais personne à cette époque ne connaît les textes d’Esope. Très vite les fables de la Fontaine ont à la cour de France un retentissement extraordinaire, le roi, la reine.
- Les seigneurs du royaume deviennent son ami. Cette supercherie n’est découverte que bien plus tard, et La Fontaine, ce faussaire, ce copieur, passe et reste à la prospérité.
- Nous fêterons en 1995 les 300 ans de sa naissance. Aujourd’hui encore, les détenteurs de ce manuscrit d’Esope pourrait écrire ce que ce pilleur de textes n’a pas juger bon de traduire ou de recopier.
- Moi même, j’ai longtemps cru qu’il était le véritable auteur de ces fables. Lorsque le bruit couru que c’était un usurpateur, je l’ai même défendu, mais devant les preuves, il fallut bien me rendre à l’évidence.
- Mais, docteur, pourquoi la maîtresse ne nous l’a jamais dit ? Elle nous a laissé croire qu’il était l’auteur de ces fables.
- Justement, à l’école, la maîtresse nous fait apprendre Le corbeau et le renard, dit Saucisse.
- Tu sais ce que tu vas faire, Saucisse dit Gros lard.
- Non.
- Ecoute, la fable, tu dois la copier sur ton cahier du soir et l’illustrer…
- Oui ?
- Et bien écoute, au lieu de signer Jean de la Fontaine, tu signes Esope.
- Le docteur : Et vous serez puni, et ce sera bien fait. Soyez plus intelligent, demandez à votre maître de vous parler d’Esope, il doit connaître.
- Moi, j’ai une maîtresse, dit Gros sel.
- Le docteur : C’est pareil mon garçon, ils ont fait les mêmes études, et souvent aux mêmes endroits.
- Moralité, quand on a la science, on peut faire beaucoup de choses et tout le monde vous croit. Ceci dit, il vaut mieux rester honnête, le monde ne s’en portera que mieux.
- Et vous, docteur, vous êtes honnête ? Dit Tapioca.
- Le docteur : Moi, je crois et je pense l’avoir toujours été. Mais il est difficile de su juger soi-même.
- Dites, docteur, reprit Pierrot, pourquoi les gens du village disent autant de mal sur vous.
- Le docteur : C’est à aux qu’il faut le demander, je ne sais pas. C’est la première fois que cette chose là se produit. Je pense qu’il s’agit de jalousie. Ils veulent s’approprier mes terres. Mais je ne veux pas les vendre. Mon château a une histoire qui a débuté bien avant la révolution. J’ai vu Louis XVI perdre sa tête, Napoléon courir jusqu’à Moscou, j’ai vu les Prussiens assiégés Paris, et j’étais avec Gambetta quand il s’échappa en ballon de Paris assiégé. Depuis ce jour, je suis resté fidèle à ce mode de déplacement, surtout quand il fait beau.
- Des époques, j’en ai connu bien d’autres, et ce serait trop long de tout vous raconter aujourd’hui.
- Dans chacune d’elle j’ai eu à me confronter avec mes concitoyens. J’ai toujours été aimé, respecté, mais ici c’est tout le contraire.
- J’ai offert à la municipalité il y a longtemps, le terrain où vous jouer au football le dimanche. Jamais quelqu’un n’est venu me dire merci, au contraire, au moment des élections, certains ont lancé des pierres sur ma voiture.
- Et les gendarmes n’ont rien fait dit Saucisse ?
- Les gendarmes, ils sont là quand on n’a pas besoin d’eux. Quand ils sont en service, soyez certains que là où ls s’arrêtent, il y a un café pas loin. J’en connais un ou deux, si on leur faisait un Alcotest le soir quand ils rentrent...
- Oui,mais mon père dit que le chef est très dur.
- Pas encore assez, ils doivent montrer l’exemple.
- Docteur ?
- Oui Pierrot, quelque chose te tracasse ?
- Monsieur le docteur, pourquoi quand vous êtes au château, il y a toujours des fumées noires qui sortent de la cheminée ?
- Les gens du village disent que vous faites de la sorcellerie.
Le vieil homme sourit,
- Bien sur que je suis un sorcier, un peu inventeur aussi mais pas dans le sens où les gens du village le racontent.
- Lorsque j’ai acheté ce château, il y avait beaucoup de vignes autour, et le village n’existait pas. Il y avait seulement quelques chaumières. Le seigneur du village était Monsieur le Comte de Loulay. Il me l’a vendu avec toutes ses terres. Il se retira au couvent et mourut quelques années plus tard.
- Nous étions sous Henri IV, celui qui s’est fait assassiné par Ravaillac en 1610. J’étais l’ami de Sully, son premier ministre. Voilà un bon Ministre, il respectait les pauvres gens, grâce à lui Henri IV fut un grand roi. C’est dommage que ce fou de Ravaillac l’assassina, ils leur restaient tant de choses à faire.
- Pourquoi l’ail tué demanda Gros lard
- Personne ne l’a jamais bien su, mais il faut chercher à qui profita le crime.
- Après sa mort, les italiens envahirent la cour de France. Marie de Médicis d’abord, puis Catherine de Médicis ensuite, ils régnèrent en maîtres absolus sur le trône de France. C’est donc vers cette époque, que Sully me demanda de racheter les terres du vieux comte, il était trop vieux pour s’en occuper. Il n’avait pas d’enfants, donc pas d'héritiers et nous avons fait affaire ; Les vignes étaient très belles et nous récoltions beaucoup de vin.
- Mais nous ne buvions pas tout . Le reste était brûlé dans des appareils compliqués, qu’on appelle alambic. J’ai beaucoup travaillé sur les méthodes de vieillissement du vin.
- Grâce à mon travail j’étais arrivé à obtenir une qualité exceptionnelle. -
- Pendant plus de 300 ans, j’ai envoyé du vin, du pineau, du cognac, dans tous les coins du royaume et plus loin encore. Au début de ce siècle, il y a eu un hiver terrible, il fit très froid, des milliers de gens sont morts à travers la France. Les vignes gelèrent à 100%. Il faut cinq ans pour les faire revivre et qu’elles repoussent.
A cette époque je voyageais, je n’étais pas en France. Quand je revins au pays, mes vignes étaient en friches. Plus rien n’avait poussé. Mes beaux plants avaient disparu.
Depuis, j’ai racheté des vignes, j’ai replanté, j’ai loué de nouvelles terres vers les fruitières de Lozay et près du cimetière. Je récolte toujours quelques hectolitres de vin que je vinifie moi-même. Je fais mon cognac, mon pineau, du rouge, du blanc et j’en vieillis également que je sélectionne et que je stocke en cave.
- Mais les fumées docteur, je ne comprends pas dit Pierrot
- Les fumées, c’est très simle, pour faire de l’alcool, il faut brûler le vin dans un alambic, au bout du serpentin, il y a un robinet par lequel le cognac s'’coule en goutte à goutte.
Tout le reste part en fumée. Il faut longtemps pour brûler une barrique de vin. Tout le temps de la distillation, les fumées s’envolent vers le ciel et en retombant, nourissent un petit champignon qui noircit la pierre, les bois partout ou il se trouve. Il a donc noircit les murs de la maison.
- Mais pourquoi dit Tapioca ?
- Je viens de te l'expliquer, quand les fumées s’envolent vers le ciel, elles ont une petite odeur d’alcool on appelle ça la « part des anges ».
- Le bon dieu a-t-il droit à sa part, dit Saucisse.
- Le bon Dieu comme les anges tous ont roit à ces bonnes odeurs...
- Peu être n’aime t-il pas ça, renchérit le docteur amusé par sa réflexion.
- Lorsque ces fumées retombent, elles se mélangent à la mousse, qui courent sur les murs et favorisent la reproduction d’un petit champignon noir qui prolifère très vite. Personne n’y peut rien.
- C’est pour cette raison que les hauts de mes murs sont tout noirs et il n’existe rien pour l’en empêcher ;
- Mais Docteur, vous ne faites pas de sorcellerie, vous ne brûlez pas les animaux pour faire des potions magiques s’écrie tapioca.
- Le docteur
Au risque de te déplaire ma petite fille, je ne fais rien de tout cela, j’ai d’ailleurs prévu de vous faire visiter mon alambic et mon laboratoire.
On pourra goutter lance gros lard le gourmand de la bande avec un sourire malicieux.
- Le docteur
Certainement pas, vous êtes trop jeunes, je fais un alcool très fort, vous seriez malade.
- Pourquoi faites vous tout ça docteur demande Pierrot.
- Le docteur
Comme à chacun d’entre nous, Dieu m’a confié une mission. Je dois amener un peu de bonheur dans le cœur des hommes. J’ai pensé , qu’en protégeant les vieilles traditions gastronomiques, culinaires, agro-alimentaires, je faisais une bonne action, profitable au monde.
- Pierrot
Pourquoi dites-vous comme chacun d’entre nous ?
- Le docteur
Les choses sont simples les enfants. Dieu a mis en place un système de vie sur la terre.
- Tapioca
Alors vous êtes croyant, mais vous n’allez pas à la messe, on vous y aurait vu.
- Le docteur s’adressant à elle
Ecoute moi, comment t’appelles-tu déjà ? Tapioca n’a jamais été un prénom.
- Tapioca
Tout le monde m’appelle comme ça depuis que je suis petite.
- Le docteur très sec
ton prénom.
- Tapioca
Béatrice
- Le docteur
C’est bien plus joli comme ça, tu ne trouves pas ?
- Tapioca
Si, pais je n’en ai pas l’habitude.
- Le docteur
Ecoute Béatrice, tout d’abord quand je parle , arrête de m’interrompre.
- Premièrement, c’est très impoli.
- Deuxièmement, c’est très désagréable.
- Tapioca
Excusez-moi docteur dit-elle, en baissant le tête.
- Le docteur
- N’en parlons plus, mais sachez-le .. C’est vrai que je ne vais pas à la messe, mais je crois en dieu. Mon dieu à moi, n’est pas forcément le votre, pas plus qu’il n’est arabe ou chinois. Dieu, c’est pour moi une force, une intelligence suprême qui a permis à la vie d’arriver sur la terre. Il a eu à régler les principes géologiques, métaphysiques.
- Il a mis en place un système de reproduction naturelle, des plantes, des animaux, des hommes . Toutes ces légions, quelles soient végétales, animales ou humanisent par leur propre évolution, transformée la vie dans l’espoir de la rendre meilleur.
- L’évolution des races, a fait dévier parfois le rôle des uns et des autres.
- Quand les abus vont trop loin, la nature les corrige d’elle même.
- La règle la plus élémentaire à respecter quand on a la chance d’avoir été choisi pour vivre, c’est de respecter la vie.
- Mais ce sont mes parents qui m’ont désiré dit Tapioca.
- Le docteur hochant la tête, négativement.
- Certainement pas, quand la nature a besoin de légions, elle provoque des rencontres, elle réunit les hommes et les femmes pour qu’ils procréent.
- Chacun a sa mission sur terre, au même titre que les plantes, les poissons et tous les animaux.
- Nous aussi dit Saucisse.
- Le docteur
Surtout vous les enfants. Le fait de vivre, vous rend utile. Garce à votre présence, vous êtes une bouche de lus à nourrir, à soigner, à éduquer, à habiller, à instruire.
Votre présence génère des besoins que le monde doit assumer. Sans vous les enfants, des millions de personnes à travers le monde n’auraient pas d’utilité.
- Plus tard, quand vous serez adultes, votre rôle sera différent, mais le but final sera toujours le même :
- Vous devrez procréer pour que la chaîne humaine continue , travaille pour que vos enfants vivent dans un monde meilleur.
- j’aimerai bien avoir des enfants plus tard , dit tapioca.
Le docteur
- Mais tu en auras et ils seront très beaux comme vous tous…
Les enfants sont surpris par ce discours, qu’ils n’ont jamais entendu.
- Le docteur leur parle un langage d’homme, il ne les traite pas comme des enfants. Il est loin de celui qu’ils entendent d’habitude, le curé à l’église, les maîtres à l’école ou plus simplement plus près d’eux, leurs parents.
- Ce langage est clair, tout devient limpide d’as leur tête. Il répond complètement aux questions que se posent les jeunes, garçons ou filles quand ils entrent dans l’adolescence .
- C’est si simple ….en apparence.
- Le docteur sourit en se levant , et déclare :
Allez, assez de bavardage, allons visiter mes caves.
- Celle des rats dit Tapioca qui se mord la langue en se rendant compte qu'elle a parlé trop vite...
- Tiens , comment sais-tu que dans ma cave il y a des rats, questionne le docteur.
- C’est mon tonton Olive qui le racontait autrefois.
- Le docteur
C’est fou comme les mauvaises histoires font leur chemin. Personne ne les oublient. Je vais encore une fois vous expliquer la vérité.
- Ton oncle olive venait nous livrer tous les jeudis l’épicerie, il était très gentil, avait toujours une bonne blague à nous raconter, mes gens l’aimaient bien, mais il avait trois défauts :
- Il parlait beaucoup trop comme tous les bordelais.
- Il était curieux et posait trop de questions
- Il buvait toujours quelques coups de trop.
Quand il venait au château, il lui arrivait toujours quelque chose . Il renversait un pot de fleurs en reculant, il roulait sur les tuyaux d’arrosage et les faisait éclater. Il écrasait mes massifs de fleurs, il est même une fois rentré dans la grille à l’entrée du château.
C’était très désagréable, je lui faisais souvent des remontrances. Il était très poli, il s’excusait toujours en bégayant. Il me faisait pitié, mais il avait toujours une bonne blague à me raconter.
J’avais fini par ne plus y faire attention. Chaque semaine, il venait nous livrer. Il m’informait des derniers ragots. Un jour, après un grand nettoyage de ma cave, nous avions laissé les portes ouvertes pour aérer et sécher les sols que nous avions lavé à grandes eaux. Nous avions désinfecté les sols avec de l’eau de javel. Je n’aime pas sentir l’odeur de l’eau de javel, j'avais donc laissé tout ouvert pour aérer.
Olive est arrivé, c’était l’heure du déjeuner, j’étais à table. J’ai entendu sonner, j’ai reconnu le teuf teuf de son camion avec son pot d’échappement percé.
Je lui disais toujours que son camion faisait trop de bruits, il n’était pas contrariant, il me disait :
- «je vais le faire réparer, mais Paul mon voisin n’a pas le temps. »
- Qui c’était Paul l’interrompit gros Sel.
- Paul le militaire. Il est en retraite depuis quelques temps. Il était mécanicien dans l’armée de l'air. Un brave homme, un jour que nous étions en panne, il s’est arrêté et nous a ramené.
- En voilà un, que les ragots n’intéressent pas. Je vous disais donc, Olive arrête son camion et livre sa marchandise. Apercevant la porte du vestibule ouverte, il descend à la cave.
- Pierrot
Et il a vu les rats.
- Le docteur
Non, non, pas les rats mais mes furets.
Des furets, des furets, comme dans la chanson.
- Le docteur
Oui, de vrais furets .Je les élève pour aller à la chasse aux lapins, je vous les montrerai tout à l’heure. Incommodé par l’odeur désagréable de l’eau de javel, ils se sont énervés. Ils ont réussi à soulever la porte de leur cage et se sont échappés.
Quand il est descendu par l’escalier, il les a aperçu et comme ce jour là, il avait encore bu quelques verres de trop, il les a vu gros comme des rats, et il a pris peur….
Il a remonté les escaliers quatre à quatre, sans regarder où il allait. La porte du vestibule est basse, tenez, regardez, elle est juste en face de nous.
Tout en disant cela ils arrivent devant, elle n’est pas très haute. Ton oncle regarde les marches en remontant et ne voit pas cette grosse poutre.
Il l' a heurté violemment avec sa tête et s'est assommé. Il a poussé un grand cri, et s’est affalé dans le vestibule évanoui.
- Vous voulez dire KO comme les boxeurs l’autre soir à la télé.
- Le docteur acquiesce en opinant de la tête:
Il était là, couché par terre. Du sang coulait de son front, il avait une coupure en travers. Attiré par le cri, nous sommes accourus.
Nous l'avons relevé pour le soigner convenablement. Je lui ai même donné quelques gifles pour le réveiller et un bon verre de cognac.
A son odeur, faites-moi confiance, qu'il s’est vite remis d’aplomb . Si ma cuisinière ne lui avait pas supprimé la bouteille, il l’aurait toute bue. Je lui demande ce qu’il faisait dans ma cave, il me répond qu’il avait cru entendre un appel de moi…
C’était un mensonge évidemment. J'ai vite compris que c’était la curiosité qui l’ avait poussé à descendre et qui l' a puni.
- Et après demande Tapioca?
- Après, il s’est reposé un moment, je crois qu’il a mangé un morceau avec mes gens et il est reparti vers 14 heures tout guilleret, avec son sparadrap sur le front, en nous remerciant de notre gentillesse.
- Pierrot
Ce n’est pas du tout ce qu’il a raconté, en retournant au village.
- Le docteur
Il dit ce qu’il a voulu, mais ce n'était pas la vérité et ses mensonges ne lui ont pas porté chance. Si Olive nous entend, il sait que je dis la vérité. Il doit être rouge de honte. Le mensonge et la calomnie sont de vilains défauts. C’est très mal vu au paradis.
- Tapioca
Oui mais, il n’est jamais revenu au château. Pourquoi ?
- Le docteur
C’est faux. La semaine suivante Mr le curé est venu m’informer de ce qu’il racontait. C’était très grave. J’ai expliqué la vérité à Mr le curé et il m’a cru.
- Olive est repassé me voir car j’avais besoin de lui, il est venu le soir même. Je l’ai reçu dans mon bureau, je m’en rappelle comme si c’était hier. Ma gouvernante l’a introduit dès son arrivée et a refermé la porte derrière elle.
- Bonjour docteur, comment allez-vous me dit-il.
- Le docteur
C’est à toi qu’il faut demander ça, ta bosse est guérie?
- Olive
Oui, elle est partie le lendemain, les soins de votre cuisinière ont été remarquables et je vous en remercie encore.
- Le docteur
Rose est une femme très efficace, la preuve.
- Olive pas très à l'aise
Merci encore docteur.
- Le docteur
Justement Olive, pourquoi racontes-tu toutes ces balivernes au village, je t’ai fait quelque chose moi ?
- Olive très gêné
Oh non docteur au contraire
- Le docteur élevant la voix
Ne t’ai-je pas toujours bien traitée, toujours bien payé ?
- Olive très mal à l’aise
Si docteur, mais je n’ai pas dit ça.
- Le docteur
Tu n’as pas dit quoi ? J’ai été informée de tes indélicatesses par notre vieux curé. Crois-tu qu’il mentirait à son âge ? Je peux lui téléphoner ou le faire venir si tu veux.
Olive était rouge, il transpirait, il aurait préféré être dix pieds sous terre, il tortillait son tablier blanc comme un môme, pris en flagrant délit et qui se fait réprimander.
- Le docteur
Voilà ce que nous allons faire. Je ne te demande pas de te rétracter, ta malveillance des gens du pays est telle à mon endroit qu’ils préfèreront ta version.
Mais tu vas me faire une lettre comme quoi tu as inventé toute cette histoire. Si les gendarmes m’en parlent, je ressortirai ta lettre et tu t’arrangeras avec eux.
Vu ta grossièreté et ta méchanceté envers nous, tu ne livreras plus jamais un seul gramme de marchandises dans cette maison, tant pis pour toi.
- Olive baissait le tête honteux, se tenant coït et roide.
- Le docteur courroucé lui ordonne d’un ton vif :
Assis-toi et écris : « Moi, Olive, épicier au village, reconnaît avoir menti et colporté des ragots, pour me faire valoir aux yeux de mes copains du village.», signé Olive.
Il signe et date la lettre de sa main. Le docteur sort de sa poche un portefeuille de cuir noir marqué de ses initiales en lettres d’or, il l’ouvre et sort une feuille jaunie.
Tenez, voici la preuve. Je pensais bien que nous parlerions de tout ceci, je le désirais afin que tout soit bien clair entre nous. Je l’ai ressorti du coffre juste avant que vous n’arriviez, vous voulez la lire…
- Tapioca prend la lettre et la lit haut et fort. A la fin, elle s’écrie :
Ah, quel salaud mon oncle.
- Le docteur reprend :
Paix à son âme. Il a du rendre des comptes à son dieu en arrivant là-haut.
Mais alors, ce n’est pas vous qui l’avez tué reprit-elle.
- Le docteur
Le jour où il est mort, j’étais au japon et j’avais bien d’autres choses à faire. J' ai appris sa mort quand je suis rentré de voyage et j’ai même eu de la peine car je l’aimais bien malgré tout.
- Tapioca
Il ne le méritait pas…
Il faut savoir pardonner, il me faisait tant rire. Tout en parlant, ils descendent dans la cave. Les enfants découvrent tout un attirail de bouilleur de cru, tout ce que leur a raconté le vieux docteur est rigoureusement exact.
Les enfants curieux posent des tas de questions. Le docteur leur explique le fonctionnement de tous ses appareils. Il leur fait toucher du doigt les formes, les cornues, les serpentins de cuivre astiqués chaque jour et l’alambic, souverain, immense, majestueux, trône bien en place au milieu de la pièce comme celui d’un roi.
Les enfants regardent en silence, admiratifs, médusés, ils se représentent les gens et le temps qui passé par là. C’est impressionnant, déroutant, et tellement poétique.
- Et les furets demande Pierrot ?
- Oui, je veux les voirdit Gros Sel.
- Je vais vous les montrer ,dit le docteur. N’approchez surtout pas les doigts, les furets mordent très fort. Ils pourraient vous déchirer les doigts.
Le docteur ouvre la porte du fond et allume la lumière. Dans de petites cages bien rangées les petites bêtes somnolent, toutes en boule, toutes en rond, leurs petites têtes appuyées sur leurs cuisses.
A notre arrivée, aucun ne lève ni la tête, ni les paupières. Ils dorment profondément. Nous pouvons seulement apercevoir leur petite tête pointue avec leur museau noir.
Dans une autre cage, nous voyons mieux leurs petites pattes très courtes, si puissantes surtout celles de devant. Les enfants se parlent à voix basse. Il paît qu’ils courent très vite et creusent la terre très rapidement. Le docteur les regarde en souriant. Il est heureux de les voir ainsi .
- Allez, venez, nous allons continuer la visite. Un jour, nous irons à la chasse au furet, je vous le promets.
- Oui firent-ils tous en cœur, chouette !
Il referme la porte et tous regagnent le vestibule. Ils remontent l’escalier et se retrouvent dans le grand hall. Le docteur tire la porte de la cave, donne deux tours de clé et la met dans sa poche.
Les enfants ne peuvent s’empêcher de sourire. Le docteur s’en rend compte et leur dit en souriant :
- Chat échaudé craint l’eau froide.
- Docteur dit saucisse.
- Oui jeune homme.
- Nous aimerions essayer l’armure de Duguesclin , celle dont vous nous avez parlé.
- Ah, Duguesclin repris le Docteur.
- Vous l’avez connu ?
- Non pas lui moi, j’étais l’ami de Quentin Durward.
- Pourquoi avez-vous son armure ?
- Elle était au château. Du Guesclin grâce à une ruse s’est emparé du château de Niort en 1372.
- Il est resté quelques temps ici pour préparer son attaque. Son armure était là avec les meubles quand j’ai acheté le château.
- Duguesclin est venu dans ce château là où nous sommes ?
- Et oui, la salle où sont les armureries, c’était la grande salle autrefois.
- C’est ici qu’ils s’entraînaient avec ses compagnons
- Monsieur le docteur, vous pourrez nous la remontrer.
- Bien sur les enfants suivez-moi.
Le docteur et les enfants descendent à la salle d’armes par le grand escalier de marbre. Il les amène devant l’armure de du Guesclin. Il la démonte et demande à Pierrot de s’installer à l’intérieur.
Il se met dans les cuissardes , le docteur lui installe le plastron, les bras, il ne lui reste plus que la tête à enfiler. Avisant d’autres armures plus petites, il habille les uns et les autres.
En quelques minutes, c’est une petite armée de métal gris, qui déambule dans la pièce en marchant bien difficilement. Leur démarche ressemble à celle d’une bande de pingouins sur la banquise.
Le docteur s’équipe également. Il remet à chacun une épée dont le poids est à la mesure de leur force. Il place les enfants devant lui les uns à côté des autres.
Voilà, dit-il, vous allez mettre un genou à terre et placer l’épée ici. Tout en parlant, il exécute la pose. Vous baisserez la tête comme je le fais. Les enfants ont conscience de vivre un grand moment. Le docteur se relève et s’adresse à son épée. Il la tient devant lui, la pointe vers le sol, ses deux mains jointes, enserrent le pommeau et lui dit :
- Par toi Melchior, épée qui au fil du temps a combattu loyalement pour les rois de France, par toi qui a servi nos maîtres, nous élevons à la dignité de chevalier nos cinq amis.
- Il s’approche de Pierrot qui attend le visage rivé sur le dallage.
- Toi Pierrot Hillairet, enfant du 20ème siècle, je te fais chevalier pour que tu serves toute ta vie l’humanité.
Il frappe du plat de l’épée les épaules de Pierrot.
- Relève-toi chevalier, lui dit-il, tu es digne de porter l’épée, tu fais désormais parti des chevaliers du temple et notre devise, c’est :
- « Ensemble nous vaincrons ou ensemble nous perdrions »
- Ramasse ton épée et passe ton chemin. Il effectue la même chose à Tapioca alias Tartine ou Béatrice, il arrive à Saucisse, le regarde et s’aperçoit qu’il ne connaît pas son prénom, il est obligé de changer ses paroles.
- Sieur Braillais, dit Saucisse, enfant du 20 me siècle…
Il redit son texte jusqu’à la fin, puis il recommence avec Gros Lard et Gros Sel et termine en aidant Gros Sel à se relever.
- Preux chevaliers leur dit-il, vous êtes désormais des Chevaliers de Dieu.
- Nous allons tous ensemble jurer et prêter serment, comme le veut la coutume. A la fin, nous crierons notre devise. Répétez et faites comme moi. Il leva son épée vers le ciel , légèrement en biais,
- Posez-le bout de votre lame sur la mienne. Non sans mal, à deux mains les six lames se réunissent comme les branches d’une étoile dans le ciel.
Répétez zvec moi :
- « Devant Dieu et devant les hommes, je jure d’être fidèle à l’ordre du temple et à la lame qui vient de m’être confiée.
A la fin du sermon, un grand cri sort des cœurs :
- « Ensemble nous vaincrons ou ensemble nous périrons »
- Bravo chevaliers dit le docteur, je vous félicite.
- Dites docteur demande Saucisse.
- Oui chevalier.
- Pouvons- nous nous battre avec les épées ?
- Le docteur
- Avant de vous battre, valeureux chevalier, il faut savoir qu’un duel, est une science avec ses règles, ses devoirs et ses charges, je vous les apprendrai.
- Vous serez certainement les seuls à connaître avec moi, les secrets de la Chevalerie du temple.
- Docteur dit Tapioca.
- Oui chevalier.
- Tapioca
Les chevaliers d’autrefois, c’est la même chose que les chevaliers du temple.
- Le docteur
Non chevalier, ce n’est pas la même chose. Les chevaliers du temple sont des chevaliers immortels, protégés par Dieu. Ils ont une mission que je vous apprendrai si vous êtes fidèles à votre serment. Vous vivrez aussi longtemps que vous le respecterez.
- Chouette ! dit Gros Lard, quoi qui avait peur de pourrir. Nous sommes devenus immortels.
- Ce sera très dur, leur dit-il. Votre plus grand ennemi, ce sera vous. Tout le temps que durera votre vie, vous devrez toujours vous méfier de vous même. Regardez –moi, je suis toujours entouré du génie du mal et du génie du bien. Quand le premier prend le pas sur le second, rien ne va plus, je dois faire attention. Il en sera de même pour vous à partir d’aujourd’hui.
Les enfants écoutent le docteur, ils ne peuvent s’empêcher de penser qu’ils vivent à trois dans une même peau. Arrives à cinq au château, ils repartent à quinze.
Mais, vu sous cet angle cette explication leur permet de comprendre pourquoi certains jours ils sont très sages et d’autres, ils ne font que des bêtises.
Les mauvais génies y sont sûrement pour quelque chose. Ils se promettent tous d’y veiller de très près. Pendant que le docteur parle, ils se sont dévêtus de leur armure et se sont rechaussés. Ils remontent le grand escalier en silence, impressionnés par ce qu’ils viennent de vivre.
- C’est midi, si nous passions à table dit le docteur
- D’accord docteur
- Vos parents ne vont pas s’inquiéter ?
- Non, non avons tout prévu. Nous mangeons les uns chez les autres.
- Comme nos parents travaillent, tout contrôle est impossible, dit Pierrot.
Le docteur
- Ce n’est pas beau de mentir.
- Nous le savons docteur, mais décemment nous ne pouvions pas leur dire que nous venions vous rendre visite, répliqua Tartine. Moi, ils m’enferment pour un mois, dit Sausisse. Et moi dit Gros Lard, je ne serai pas prêt d’aller à la chasse aux papillons.
- Je vous comprends dit le docteur, mais n’en profitez pas, c’est un conseil.
- Allez vous laver les mains chevalier et rejoignez-moi à la salle à manger.
Il tire sur le cordon pour sonner la cuisinière. Comme par enchantement, Rose apparaît.
- Vous avez sonné docteur?
Le docteur
- Oui Rose, veuillez servir le repas s'il vous plaît.
La cuisinière
- Bien docteur, tout est prêt.
Le docteur
- C’est bien, j’ai faim et ces petits sont merveilleux.
La cuisinière
- Pourvu qu’ils le restent grommelle t-elle entre ses dents.
Le docteur
Vous dites ?
Mais elle a déjà pénétré dans sa cuisine et n’entend pas la question.
Les mains lavées, les chevaliers regagnent la salle à manger. La pièce est grande, une table présidée par le docteur est dressée, en face de chaque assiette il y a une chaise de l’époque Louis XIII, il y a sur la table de très belles assiettes en porcelaine décorées.
De chaque côté un bel ensemble de couteaux et fourchettes en argent massif les entoure avec au milieu, deux gros chandeliers avec des bougies blanches torsadées éteintes.
Des toiles, toutes plus belles les unes que les autres tapissent les murs. Un œil averti aurai reconnu des signatures célèbres qui flatterait l’ego de plus d’un conservateur de musée.
Le docteur, amateur d’art éclairé les a tous connu. Certains grands peintres furent de ses amis comme Corot, Watteau, Léonard de Vinci avec qui il réfléchit sur des inventions et bien d’autres encore.
Les lambris du plafond représentent des paysages divers de toute beauté. De chaque côté des angelots soufflent sur des nuages. Un soleil d’or inonde les peintures de ses rayons dorés.
Au milieu, tout en haut, une grande verrière en vitraux laisse passer la lumière du jour, la pluie vient la frapper comme une mitraillette, par milliers de petits coups secs.
Le docteur lève la tête et dit :
- « Vous êtes mieux ici qu’à courir la campagne, chevaliers. La pluie fera du bien au jardin. Regardez, leur dit-il, j’ai fait sortir par mes serviteurs le grand service, celui des jours de fête.
Aucun Chevalier du temple n’a déjeuné, ni dîné dans cette salle depuis près de deux siècles. La dernière réunion des chevaliers du temple a eu lieu ici.
L’empereur Napoléon 1er présidait le repas. Il était assis là, devant moi de l’autre côté de la table, juste en face. Personne ne s’y est assis depuis. Les chevaliers du temple étaient avec lui. Ils l’ont trahi à son retour de l’île d’Elbe.
Ils sont redevenus mortels, et ont tous quitté le monde des vivants dans les semaines qui suivirent son exil.
- Vous restez le seul docteur lui demande Pierrot.
- Je restais le seul jusqu’à aujourd’hui. Je n’avais pas compris que dieu vous mettrait sur ma route. J’attendais des adultes, ce sont des enfants qui sont venus à moi. La prédiction s’est réalisée.
- La prédiction, quelle prédiction demande Pierrot.
- La prédiction a dit : Après deux siècles de silence, c’est l’innocence qui viendra vers toi. Accepte ces élus, ils sont comme toi, prends en soin, éduque les, fait en des hommes. C’est ta mission. J’attends depuis des siècles. Je ne savais pas que ce serait vous, je l’ai compris en bas, tout à l’heure.
Quand j’ai vu avec quel amour vous admiriez mes objets.
La prédiction disait :
Ne te fis pas aux apparences, écoute leurs paroles, se sont eux qui viendront à toi, écoute leur silence, il sera évocateur.
Devant l’alambic, vous vous êtes recueillis, nous nous serions cru dans une l’église. Vous avez partagé les choses de mon cœur, je vous ai reconnus.
Les enfants ne comprennent pas grand chose à ses dires, mais ils écoutent les paroles du docteur avec un grand respect.
- Vos assiettes sont très belles, docteur dit Tapioca.
- Elles ont été décorées par Bernard Palissy. Il avait un atelier à Saintes, c’est là qu’il fit brûler ses meubles. Tout le monde l’a cru fou à cette époque.
- Pourquoi fit-il brûler ses meubles ?
- Il voulait faire cuire des poteries et il cherchait le point de cuisson de la porcelaine. Il devait monter 1200 degrés. Pour obtenir cette température, il brûla tout ce qu’il possédait. Il fut arrêté, enfermé, jeté en prison. Mais son fidèle serviteur continua et le point de fusion fut atteint.
La porcelaine chère aux chinois depuis plus de 10000 ans n’ eut plus de secret pour eux. Gracié, Bernard Palissy eut son talent reconnu par toutes les coures d’Europe.
Je l’ai défendu, protégé, aidé. Pour me remercier, il réalisa dans son atelier ces motifs aux armes de ma maison.
- Ce sont quoi vos armes docteur ?
- Des fusils, des pistolets ou des arquebuses, dit Saucisse.
- Mais non, chevalier. Chaque famille noble a son blason. C' est un dessin, imprimé sur son drapeau, ses serviettes, ses assiettes, ses couverts. C' est également le sigle qui est incrusté dans ma chevalière. Elle me sert de sceau pour le courrier important.
- Aurons-nous nos armes, ou notre blason demande Gros lard ?
Tous les chevaliers en ont, mais vous avez le temps, répondit le docteur. Plus tard quand vous aurez grandi. Vous faites désormais parti d’une grande famille.
- Votre sceau devra obligatoirement contenir une partie commune à tous. C’est la marque des templiers. Tout en parlant, le docteur explique aux enfants ce qu’il veut dire. Il leur montre sur une assiette. J’ai donc fait réaliser ce décor par le maître Bernard Palissy dans son atelier de Saintes, et le dernier a avoir mangé dedans c’est l’empereur Napoléon 1er.
- Docteur, pourquoi l’empereur est-il venu ici ?
- Il s’est arrêté ici en revenant de l’île d’Aix où il a séjourné quelques temps. Les chevaliers du temple l’accompagnaient pour le protéger. Ils se sont arrêtés chez moi. Ils savaient qu’il serait bien dans ce château. Il a goûté mes vins, mon pineau, mes cognacs. C’était un gourmand.
- Il n’a dormi qu’une nuit, puis il est reparti. C’est la dernière fois sue j’ai vu mes compagnons. Je n’ai jamais su pourquoi ils l’avaient trahi.
Un chevalier du temple ne trahit pas. Ce fut une faute impardonnable et jamais pardonnée.
Rose amène une voiture roulante sur laquelle se trouve plein de bonnes choses. Des pâtés qui sentent bon, des salades de tomates. Le maître d’hôtel sert les enfants puis le docteur.
Ils mangent avec un appétit féroce, un appétit de chevalier. Au dessert, après un bon gâteau au chocolat amer, ils ont droit à une corbeille de fruits. Ils se régalent avec une gourmandise qui fait plaisir à voir.
Le repas terminé, les enfants et le vieux docteur sortent faire quelques pas dans le parc.
- Nous allons voir le ballon, docteur demande Pierrot.
- Si vous le voulez, mais il n’y a pas grand chose à voir.
Tout doucement, ils avancent dans le parc en direction de la pièce d’eau. Ils passent à côté des roseaux qui leur rappelle des souvenirs si proches et déjà si lointain, mais personne ne souffle mot…
Les chiens suivent en courant après de très belles libellules qu’il essaient d’attraper. Dès qu’ils sont apparus sur le perron, ils se sont levés pour les accompagner. Ils font des bonds autour d’eux et lancent de petits aboiements. Ils sont heureux de voir leur maître souriant.
Il y a bien longtemps qu’ils ne l’ont senti en si bonne forme. Ils lui font la fête. Ils arrivent au fond du jardin. Le ballon est toujours affalé sur le sol. Un technicien est en train de changer tout un panneau de toile. Il en est à son troisième.
- Que fait-il, docteur ?
- Il recoud les toiles neuves. Tous les ans, je change celles qui me semblent usées. Je profite des nouvelles techniques.
Après avoir recousu les pans extérieurs entre eux, il retourne la toile, il l’encolle en couches croisées, et rajoute une toile plus épaisse à l’intérieur, de façon à la rendre très hermétique et plus étanche.
En séchant, la colle soude les caoutchoucs entre eux et donne une solidité à toute épreuve. C' est très résistant. Il faudrait un choc de plusieurs centaines de kilo pour la percer.
- Il sera prêt quand demande Saucisse tojours interessé par son petit voyage
- Dans trois jours répond le docteur.
Samedi, nous allons le remonter et dimanche le gonfler pour voir s’il ne reste pas quelques fuites.
- Lundi, si tout va bien, je ferai un petit tour de contrôle et mercredi, nous irons faire une promenade tous ensemble si le temps le permet. En entendant ces mots les enfants ne se sentent plus de joie.
En chantant, ils entreprennent une danse de sioux, tout autour du docteur.
et le docteur sourit de les voir ainsi.
- Docteur dit Tapioca.
- Oui, chevalier ? Le docteur est toujours très respectueux des titres.
- Tapioca : Il fait chaud ou froid là haut ?
- Le docteur : Un pull de laine bien chaud suffira, plus on monte, et plus il fait froid.
- Saucisse : Nous devrons emmener à manger.
- Le docteur : Ne vous inquiétez de rien. Ralph et Rose s’occuperont de tout. Vous ne manquerez de rien. Certains de mes voyages durent quinze jours. Ils ont l’habitude. Prenez simplement un imperméable si le temps est comme aujourd’hui, d' accord chevaliers ?
- D’accord docteur, et merci pour tout.
- Tapioca s’approche de lui et lui fait un gros bisou sur la joue. Le docteur ne s’attendait pas à une telle affection de sa part. Il en reste bouche bée, et devient tout rouge de confusion.
Il y a si longtemps qu’il n’a pas eu de marque de tendresse aussi spontanée. Il en a oublié la douceur des lèvres chaudes d’un enfant. L’émotion s’empare de son vieux cœur et deux grosse larmes coulent le long de sa joue. Il a beaucoup de mal à se retenir de pleurer.
Il tourne la tête, s’essuie le nez à sa manche et se reprend en aspirant un grand bol d’air frais. Vous allez me faire perdre la tête dit-il.
Tapioca et tous les enfants ont une grande affection pour le vieil homme. Ils ne comprennent vraîment pas comment ils ont pu entendre dire tant de vilainies à son sujet.
Mais, même les mauvaises choses ont une fin et il est l’heure de prendre congé du docteur. Allez les enfants, à mercredi vers 9 heures 30 et soyez à l’heure comme azujourd' hui.
Pensez à vous couvrir et travaillez bien à l’école. Moi, je vais faire une petite sieste et chacun se sépara.