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Blog gastronomique recettes histoire de la cuisine. Les histoires, les gens, les recettes, les produits, photos et films. Découvrir, répondre aux questions et montrer la cuisine ou la vie d'ailleurs

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Les enfants du village s'en mêlent

Le lendemain dans la cour de l’école, les enfants ne parlent que du retour du  vieux docteur MELCHIOR, chacun rêve en  secret de pouvoir connaître ou  découvrir ce qui se passe derrière les hauts murs du  château.

Assis sous le préau, cinq garnements, Pierrot et sa bande sont en grand conciliabule. Il y a Pierrot, Gros sel, son petit frère, Tapioca appelée parfois Tartine, car elle adore la soupe au tapioca et les tartines au chocolat, elle a 10 ans. Saucisse, le fils du charcutier, il a 9 ans, et Gros lard un petit rouquin de 11 ans.

Il a l’air d’une boule de graisse avec des joues bien rondes pleines de tâches de rousseur. Ils engagent une longue conversation.

Pierrot    : Demain, il n’y a pas classe, si nous allions au château  ? Peut-être verra-t-on quelque chose.
Gros sel  : Je vais avec toi.
Pierrot    : Oui, mais tiens-toi tranquille.
Gros sel  : Ouais, chouette  !
Tapioca   : Oui, d’accord, mais si on nous attrape  ?
Saucisse  : Balivernes, les contes de fée sont pour nos grand-mères, si c’était vrai, le docteur serait en prison depuis longtemps.
Tapioca   : S’ils ne peuvent pas l’attraper, c’est qu’il est plus malin que les gendarmes.
Gros lard : Il ne doit pas avoir trop de mal, ils sont si cons.
Gros sel  : Mais jamais personne n’a disparu à Loulay, on l’aurait su  !
Tapioca   : Il a tué mon oncle Olive.
Pierrot     : Personne ne l’a prouvé. De toute façon, si l’on veut en savoir plus, mieux vaut aller voir nous même. Que risque-t-on  ? De se faire engueuler  !
Tapioca   : Moi, je ne rentrerai pas dans le château.
Gros lard  : Personne ne peut y entrer. De toute façon, c’est impossible, les murs sont trop hauts, et la grille à un gros cadenas et une chaîne.
Saucisse   : Moi, je voudrais qu’il me fasse faire un tour en ballon.
Gros sel    : Moi, j’emmènerai le couteau de papa, celui qui a un cran d’arrêt pour me défendre.
Gros lard  : Et moi, mon canif.
Pierrot     : Bon d’accord. On se retrouve sur la place de l’église demain, à 9h30. Ok.

En attendant, nous gardons le secret. Joignant le geste à la parole, ils se serrent les mains et crachent dessus. Ils sont liés par un secret, un lourd secret.

A cinq, il sera dur à conserver. A neuf heures trente le lendemain, tout le monde est là, bien présent. Le chef Pierrot est déjà satisfait de son petit monde. Ils réfléchissent à la meilleur façon de faire.
 - « Le plus simple, c’est d’aller tourner autour du mur.» dit Tapioca.
 - « Allez, suivez-moi ! » dit Pierrot à la petite troupe un peu angoissée.

Ils se dirigent aussitôt vers le château, en prenant soin de ne pas être repérés. Dans le bas du village, ils se séparent en deux groupes.

Tapioca et Saucisse d’un côté, Pierrot, Gros sel et Gros lard de l’autre. Ils se rejoindront devant l’entrée. Ayant fait le tour chacune de leur côté, ils se retrouvent devant la grille, mais rien n’est visible.

Déçus, ils repartent vers le village. Arrivés au coin, de l’autre côté de la route face au mur d’enceinte, Pierrot aperçoit un poteau électrique tout en bois juste posé.

N’écoutant que son courage, il grimpe au sommet. Il se sert des reposes pieds cloués le long du poteau. Les ouvriers les utilisent pour arriver en haut. Il est au-dessus du mur et a une vue d'ensemble qui domine le parc.

Des personnes s’affairent autour d’un gros ballon dégonflé, il y a des cordages partout. Devant le perron, la limousine est garée. Trois gros chiens sont allongés dans l’herbe.

Il voit le ruisseau et un petit pont de bois. Allongé dans un transat, au bord de la piscine à l’eau toute bleue, un vieux monsieur avec de longs cheveux blancs semble dormir.

Le regard intéressé, Pierrot contemple la scène. Il vient d’en voir plus à lui tout seul que tous les autres depuis des générations.
 - Tapioca  : Alors, tu vois quelque chose  ?
 - Pierrot    : Attends, je regarde.
 - Gros sel  : Qu’est-ce que tu vois  ?
 - Pierrot    : Je vois tout.
 - Gros lard : C’est quoi : tout  ?
 - Pierrot     : Tout, je te dis.
 - Tapioca    : Mais quoi  ? Explique  !
 - Pierrot     : Attend.
Il se penche pour mieux voir, mais son pied glisse, il perd l’équilibre, et se rattrape comme il peut.
 - Pierrot     : Merde !!!
 - Tapioca  : Attention  ! Fais attention  !

Ses pieds échappent aux cales pieds et il descend le long du poteau, comme il fait quand il joue à la corde lisse sous le préau de l’école. Il glisse rapidement jusqu’au sol sans se faire de mal et se relève aussitôt.

Tout le monde éclate de rire quand ils le voient se redresser. Ce n’est pas mardi-gras ce jour-là, mais il est noir des pieds à la tête. Pour éviter que les poteaux en bois ne pourrissent, les agents des PTT, ils les badigeonnent de goudron.

Le soleil brûlant à détrempé, et fondu le goudron qui au contact de la glissade l’a maculé de haut en bas.
 - Tapioca  : Mais que va-t-on faire  ?
 - Pierrot    : Il faut que je me lave, je ne peux pas rentrer comme ça, surtout que mes vêtements sont foutus. Les petits rient sous cape.

L’arrivée chez les Hillairet risque d’être orageuse ! Tapioca, en bonne fille pratique a une idée. Il reste peut-être du savon au lavoir, mélangé à la boue, ça nettoie tout, je l’ai lu dans un livre.

Tout le monde acquiesce , qui ne tente rien n’a rien, mais Pierrot ne dit plus rien. Il est tout surpris par ce qu’il a vu, à vrai dire, pas grand chose, pas plus que dans le jardin de leur voisin.

Ils arrivent au lavoir, par le petit chemin, bordé d’orties blanches très piquantes. Dans un coin, traîne un morceau de savon oublié par une lavandière, dans cet endroit qui ne sert presque plus jamais.

Tapioca prépare sa mixture avec de la vase et du savon. Non, sans mal, elle réussit à enlever une grande partie du goudron, il ne lui en reste que sous les doigts et sous les ongles.

Les bras, le visage et les jambes sont nets, par contre les vêtements et les chaussures sont "«  destroy  ». Il y a une maman qui ce soir n’appréciera pas. Ils s’apprêtent à repartir quand, Tapioca fronce les sourcils et montre le ruisseau à Pierrot.
 - « Ou il va le ruisseau ?  »
 - Pierrot
    « Il traverse le parc du château, pourquoi  ?
 - Tapioca
    «  Par où  ?
 - Pierrot
    « Par là je crois,  il entre sous le mur et ressort de l’autre côté, il s’écoule ensuite vers le château d’eau, c’est la Présence. Elle vient du cimetière. Ils  s’approchent du mur, en silence, tout doucement, Pierrot se penche et son cœur bondit  ;
    «  regardez dit-il
 - Tous ensemble  :
    «  Quoi, quoi
 - Pierrot
    «  Regardez, la pelle
 - Les enfants
    «  Quoi la pelle, c’est quoi la pelle, où tu vois une pelle toi
 - Pierrot
    «  Justement elle n’y est pas, elle est enlevée.
 - Tapioca
    «  Mais c’est quoi la pelle  ?
 - Pierrot
    «  Toi, tu es bien une nana. Une pelle,  c’est une plaque métallique qui se lève et se  rabaisse pour arrêter ou laisser passer l’eau dans un barrage. Pour vider la  rivière ou la nettoyer la pelle est enlevée. Elle se vide et ils peuvent la curer. Puis ils la remettent en place et le tour est joué, c’est très facile.
 - Les enfants
    «  Si les pelles sont enlevées, c’est qu’ils sont en train de le nettoyer, si on rentre par là, ils vont nous apercevoir.
 - Pierrot
    «  Non, j’ai vu le ruisseau tout à l’heure et il n’y a personne dedans. Ils ont dû simplement le vider, ils le récupéreront demain. C’est le moment ou jamais. Qui m’aime me suit. Je passe devant . Toi Tapioca, tu fermes la marche et surveille  bien les petits.

Le cœur serré, la peur au ventre, partagé entre l’envie de fuir et le désir de découvrir le château, les enfants se déchaussent, depuis le temps qu’on leur en parle de ce château,  ils l’auront au moins vu de près.

Eux, ils auront quelque chose à dire plus tard. Tapioca pose sa sacoche.  Elle l’accroche au  remonte chaîne du lavoir. S’ils sont pris et que la légende se vérifie, on retrouvera au moins son sac .

Les gendarmes  découvriront qu’ils sont rentrés dans le parc du château. Le lavoir est le premier endroit où ils les chercheront. Entre les  chaussures, les pulls, le sac, et le petit mot, ils se feront vite une idée de l’endroit  d’où ils ont disparus. Elle griffonna rapidement un mot dans son sac  :
    «  Nous sommes rentrés dans le parc,  sauvez-nous, Tapioca  »

Gonflés par leur audace,  leur à propos et leur courage, les deux grands descendent pieds nus dans le ruisseau. Ils placent entre eux les trois petits et partent à l’aventure comme le font les spéléologues  quand ils vont à la découverte d’un nouveau siphon,  leur pied glisse sur le gravier et les herbes dans l’eau claire et tiède.

Elle ne monte pas plus haut que la moitié de leurs petites mollets  bronzés par le soleil. A chaque pas posé sur les pierres qui jonchent le fond du ruisseau,  Pierrot se retourne et regarde tapioca.

Il a le doigt sur sa bouche et son corps se balance d’un côté et de l’autre,  pour bien scruter chaque berge. Arrivé au mur du lavoir, il le caresse du bout de ses doigts comme pour l’amadouer, une fois derrière, ce sera l’inconnu…et peut être trop tard.

Des hirondelles volent haut dans le ciel immaculé, d’un bleu azur. Il ne risque  pas de pleuvoir avant la nuit. Les oiseaux gazouillent  heureux d’être libres. Dans  le ruisseau au contraire, c’est l’angoisse. Pierrot  s’est arrêté,  il s’accroupit pour mieux observer le passage…
    - «  Allez, tu avances poltron  », lui dit Tapioca.
    - «  Attends, je vérifie le passage lui répond t'il

Elle pousse les enfants devant elle et Pierrot est obligé d’avancer. Ils sont maintenant sous la voûte, comme il est accroupi, le bord de son short se mouille, les petits ont eux de l’eau à mi-cuisse. Ils font encore quelques pas,  et se retrouvent  dans le parc.

Ils ont réussi et son désormais dans un domaine privé et réputé fort dangeraux.... L’angoisse  leur serre le cœur,  mais il n’est plus question de  s’adresser la parole  ? ils font silence radio.

Ils se redressent tout doucement et observent le paysage. Sur la gauche un  grand parc s’étend à perte de vue. Devant, à droite il y a un potager avec de gros  melons bien ronds, et le long du mûr, des tomates sont exposées plein sud.

Elles sont rouges de plaisir et de soleil énormes et por cause ce sont des plants russes qui donne de très grosses tomates avec une chair juteuse et délicieuse...

Au milieu, ils aperçoivent des arbres fruitiers  avec de lourds et beaux fruits, énormes, bien dorés, bien mûrs qui pendent entre les feuilles.  De grosses poires courbent les branches presque jusqu’au sol. Quelques-unes poussent dans des bouteilles de verre blanc.

Elles sont emprisonnées depuis qu’elles sont fleuries. Le jardinier  enfile autour de la branche et de la fleur, une bouteille de verre blanc. Il l’attache au fil de fer  sur lequel le rameau est fixé par de petits colliers de caoutchouc.

Après la floraison un petit bourgeon naît à l’intérieur de la  bouteille. Au fil des  jours, protégé des pluies, des agressions du temps, réchauffé par les rayons du soleil, ce bourgeon grossit et devient une petite poire.

En quelques semaines, la petite poire devient grosse, mais elle reste prisonnière par le goulot de la bouteille. Le jour de la récolte, le jardinier détache le pédoncule de l’arbre.

Il remplit chaque bouteille d'alcool de poire distillé dans les alambics du docteur Melchior. Le digestif obtenu aura après quelques années de vieillissement un nez formidable et un goût remarquable.

Il n’y a qu’une bouteille par branche, pour que chaque poire reçoive  un maximum de vitamines, de sucre et de nourriture de l’arbre nourricier.

Toutes les autres  fleurs sont coupées à la taille par le bec du sécateur du jardinier. C’est  à lui de  pas se tromper, de choisir celle qui lui semble la plus à même de donner un beau fruit.

C’est ça le métier, et n’est pas jardinier qui veut. Ils regardent ce jardin bien propre, bien rangé, impeccable, pas une herbe dans les plants et des fruits et  légumes magnifiques.

Même sur les marchés de la région, où ils traînent parfois avec leurs parents,  ils n’en ont  jamais vu d’aussi beaux. Quant à les goutter,  mieux vaut  ne pas y penser, tout au moins pour le moment.

Le petit groupe continue  d’avancer à pas de loup, l’œil aux aguets, ils surveillent les alentours, tout paraît calme, trop calme. Ils arrivent au coude du petit pont et débordent en pleine lumière.

Ils sont seulement cachés par des roseaux qui surplombent  la berge de  chaque côté du ruisseau. Ce  sont de longues cannes de plusieurs mètres de haut, grosses comme le pouce,  avec une ou deux feuilles au bout.

C’est avec ça que je  taquine le verron ou le goujon  quand mon père m’emmène  à la pêche, pense Pierrot. Un jour, en revenant du marché de St jean d’ Angély, c’était un samedi matin  il a ramené tout un paquet de cannes identiques à celles-ci.

L’après-midi, il en a taillé deux. Au bout, il a ficelé un bout de nylon qu’il a déroulé d’une bobine. C’ estt du fil de pêche,  je l’ai acheté chez la mère Perrin hier soir me dit-il. Il a mis au bout un hameçon avec un chapeau de gendarme.

L’après-midi nous sommes allés à la Vaillette près de la baignade. Dans une saccoche posée par terre il a sorti un pot de légumes de bébé et l’a ouvert.

A l’intérieur  il y avait des petits grains de blé cuits qui baignaient dans leur eau de cuisson.

Il en a pris un et l’a piqué sur l’hameçon. Il a déroulé le fil entouré autour de la canne et l’a jeté l'hameçon et le grain de blé dans la rivière d’un simple coup de poignet. Le grain de blé s’est enfoncé dans l'eau, il est resté en suspension  à 10 cm au fond  de la rivière, arrêté par un bouchon coloré, comme une plume d’indien servant de contre poids.

Le bouchon  entraîné par le fil de l’eau s’est redressé une fois tendu. Très  vite de petits poissons ont nagé vers le grain de blé. Ils ont commencé à le picorer. Papa  me montrait le manège du bout de son doigt.

Ils ouvraient leur gueule et l’attaquaient par petits coups en le mordillant. Le bouchon s’enfonçait par accoups. Papa disaient qu’ils le taquinaient. Très vite, un plus gros poisson arriva, apercevant le grain de blé, il se précipita goulûment vers lui et l’avala.

Le bouchon  s’enfonça une , deux, trois fois. Papa tira la gaule d’un coup sec. L’hameçon pénétra dans la gueule du vorace animal et papa ramena un beau  goujon de 8 cm de long.

Il me passa  la gaule et c’est ainsi que je  pris mon premier poisson et ma première leçon de pêche. En quelques heures je ramenais avec fierté, une belle friture. Maman l’a fait cuire le soir même,  en omelette et tout le monde s'est régalé.

C’est à ça que Pierrot  pense en avançant en silence, suivi de sa petite troupe. Peut-être voulait il se donner du courage et oublier un peu la galère dans laquelle il s’enfonçait.

Pour le moment tout va bien pense t-il. De l’extérieur ils sont  parfaitement invisibles. Il faudrait être tout prêt pour les apercevoir. Pierrot a écarté les roseaux de sa main. D’où ils sont, ils peuvent observer la grande  bâtisse.

Ils se sont allongés à plat ventre sur la berge du ruisseau et regardent en silence le paysage. Ils épient chaque mouvement venant de la maison. La grande maison  en pierre de taille a le haut noirci par les fumées qui sortent du toit.

Elle est parfaitement entretenue.  Des pots de géraniums  embellissent les fenêtres juste repeintes.  Autour de l’escalier de pierres taillées, de grandes coupoles en ciment  débordent de lys bleus et blancs, d’autres ont des lierres, qui retombent comme une nappe fripée autour d’une table ronde.

De magnifiques statues patinées par le temps, pleines de grâce s’élancent vers le ciel dans une harmonie de formes douces. La pelouse du parc est taillée ras . Pas une herbe ne dépasse du tapis vert,  pas une feuille ne la souille.

De petits  passereaux sautillent, en picorant quelques habitants rampants,  de petits vers sans doute. Tout autour de la  grande maison les jardiniers ont crées une fresque  de fleurs diverses. Il y a de magnifiques tulipes multicolores qui se dressent au bout d’une longue tige verte,   belles et altières, fières d’être là. 

A côté, de magnifiques massifs de roses aux couleurs éclatantes courent sur le sol, d’autres grimpent le long des croisillons de bois  et habillent une tonnelle. Ce sont des roses  trémières, espèce rare par ici dont le parfum  embaume le parc à plus  de 100 mètres.

Vers la  piscine des roses rouges, pourpres, blanches jaunes sont autant de taches joyeuses dans ce décor de rêve.

Devant le perron, la limousine est toujours à la même place. Tapioca tapote l’épaule de Pierrot et lui montre du doigt le fond du parc.

Une équipe de trois  ou  quatre personnes s’affèrent autour d’une toile immense , affalée sur la pelouse, à côté d’un  grand panier d’osier,  grand comme une charrette à foin.

Tout est posé sur le sol, attaché à de gros filins de chanvre. Pierrot lui montre la piscine, le vieux docteur somnole toujours. Il est plongé dans un demi-sommeil et se laisse bercer par les doux rayons du soleil.

Il récupère difficilement de son  long voyage chez les  moines tibétains. Il a appris des tas de choses à leur contact.  Il est très  satisfait et souhaite pouvoir s’en servir auprès des autres hommes.

Il doit maintenant méditer, pour mieux se pénétrer de cette science, qui rend l’homme  invulnérable dans ce qu’il a de meilleur. Mais cette science se travaille, il faut  maintenant l’exploiter. Il ne remarque pas de suite que ses chiens s’agitent.

Quand ils se mettent à grogner il ouvre les yeux  : « silence les chiens », leur dit-il. Pourtant il est étonné,  jamais ils ne manifestent quelque chose d’anormal.

Réveillé, il s’assoit pour observer les alentours et regarde ses chiens qui hument l’air avec insistance,  comme pour prendre le vent. Tiens, c’est bizarre, se dit-il, que se passe t-il ?

Les enfants  n’avaient pas prévu ce phénomène. Une légère brise souffle en travers du parc,  et le flair des chiens  a repéré l’odeur des enfants portée  par le  vent.

Aux aguets ils se sont assis, inquiets. Cette fois le docteur en est sûr, il y a quelque chose d’anormal. Il regarde autour de lui, mais ne voit rien.
    - «  Cherche le chien, cherche le vieux, leur dit-il

Les chiens aboient et se mettent  à  courir en rond en remontant le vent.
Il y a quelqu’un dans le parc se dit-il. Cet insolite, a alerté tous les  employés du docteur et chacun accourt pour lui en demander la raison.

Les enfants sont paralysés par la peur, ils n’osent ni reculer, ni avancer. Ils sont immobiles,  cloués sur place. Jupiter le plus gros des chiens est déjà dans le  potager et se dirige droit sur le ruisseau.

Il  l’enjambe d’un bond mais, en se  retournant, son flair perçoit une odeur bizarre qu’il ne connaît pas. Elle ressemble  à celle ressenti près de la piscine.

Il aboie, et s’arrête net. Il rebrousse chemin, descend dans le ruisseau, va jusqu’au mur et le traverse. Dans le lavoir, le retrouve les chaussures, les pulls et le sac de  Tapioca,  reconnaît les odeurs et  aboie satisfait.

Il entend une voix qui l’appelle de l’autre côté du mur. C’est  le gardien 

 - « Jupiter, reviens  ». Il aboie une nouvelle fois et fait demi tour. Les enfants tapis dans les roseaux ne peuvent  ni être vus ou même aperçus, mais,  Jupiter a retrouvé leurs traces , les enfants sont tétanisés. Dans quel  guêpier se sont-ils mis  ?

Le gardien appelle le chien qui se  couche à ses pieds en grognant. Il le caresse, lui tapote la tête, cherche le vieux, cherche. Le chien remue la queue, fier de la confiance de  son maître. Un  talc walki crépite. Mr Ralph.
   - «  Da docteur ici  Ralph
   - «  Avez-vous trouvé quelque chose  ?
Si Her docteur, Jupiter a retrouvé des traces dans le ruisseau, des gens sont entrés par la pelle du lavoir, je pense que ce sont des enfants herr Doctor.
   - «  Attrapez les immédiatement, et ramenez-moi tout ce petit monde ici.

Voilà autre chose, décidément le village ne le laissera jamais en paix...

Le docteur  siffle  Mercure et vénus, les deux autres chiens. Ils le suivent vers le ruisseau. Déjà Jupiter l’a remonté et se trouve à cinquante centimètres  des  fesses  de  nos petits aventuriers.

Les plus petits pleurent, des larmes coulent sur leurs  joues. Ils se serrent contre les plus grands qui n’en mènent pas plus large.

Ralph a couru derrière Jupiter et l’a stoppé net.  Il a bien fait car le chien n’aurait qu’une bouchée de gamins. Le chien fier de sa découverte, attend les caresses méritées de son  maître ce  que ne manque pas de faire le  docteur Melchior à son arrivée.
   - «  Tu es un bon chien  ». Le chien  sait que ce soir la pâtée sera doublée.
   - «  mais qu’est-ce que c’est que ça dit Maelchior en apercevant  les petites  têtes apeurées en larmes.
Mais il éleve la voix.
   - «  Allez, sortez d’ici,  bande de petits vauriens,  vous allez voir ce qu’il va vous arriver.
En  entendant ces mots, les larmes redoublent sur leurs joues et leur panique est terrible.

Et en  plus , ils pleurnichent dit-il,  comme des fillettes.

Maintenant,  ce sont des enfants qui m’envahissent,  mais que vais je donc encore endurer de ce village.

Les enfants ne répondent pas, ils sont bloqués.

Mais ils sont muets, dit-il.

Tous les gens du  château présents  dans le jardin entourent le père Melchior.

Le jardinier et le gardien attrapent les enfants et les sortent du ruisseau un par un.

Aller, au château,  ramenez tout ce joli monde, dit le docteur.

Les enfants suivent le vieux monsieur en baissant la tête, le gardien et le jardinier ferment la  marche. Ils sont entourés par les chiens qui montent la garde. Toute retraite est désormais impossible.
    - «  Gunther cria le docteur
    - «  oui her  docteur
    - «  Les enfants sont rentrés par le lavoir
    - «  Je le crois herr docteur
    -     je veux que la pelle soit fermée immédiatement.
    -     Oui, Her Docteur  ; mai pour le nettoyage du ruisseau  ?
    -     Mettez-y les chiens jusqu’à ce que le travail soit terminé. Je ne veux pas que cet incident se reproduise.
     -    Bien Her docteur.
     - Merci Gunther exécution.

Le vieux Monsieur rejoint son fauteuil près de l a piscine et s’assoit. Son courroux est tombé. Il a de la pitié pour ces garnements. En y réfléchissant c’est pour lui l’aubaine qu’il attend depuis longtemps.

Il va convoquer le maire, les gendarmes, les parents des enfants et leur rendre leur progéniture. Mais, auparavant, il faut qu’il ait une discussion sérieuse avec eux pour faire cesser toutes les médisances colportées contre lui. On a forcé sa porte sans y être invité, c’est le moment d’en profiter.

Auparavant, il doit réfléchir. Tout d’abord, il doit poser quelques questions aux enfants.
Il prend sa grosse voix et s’adresse à Pierrot.
 - Qui es-tu toi  ?
De sa voix chevrotante, Pierrot essaie d’articuler.
 - Pierrot  Hillairet et voici mon petit frère, Gros sel.
Le docteur  :
 - Bravo, on fait des bêtises en famille chez les Hillairet, mais articule, je ne comprend pas ce que tu dis. Comment s’appelle ton petit frère  ?
 - Pierrot  : Gros sel, Monsieur.
 - Le docteur  : Gros sel ce n’est pas un prénom.
 - Pierrot  : Peut-être mais on l’appelle comme ça.
 - Le docteur  : C’est idiot. Ton père ce n’est pas André Hillairet.
 - Si monsieur.
 - Appelle-moi docteur, s’il te plait. C’est mon titre, j’y tiens.
 - Bien Monsieur le docteur.
Il se retourne vers son majordome et lui dit  :

 - C’est un communiste, il nous a refusé du foin  et de la paille il y a deux ans.
Le docteur Melchior jubile de plaisir. Il la tient, sa revanche. Il va bien s’amuser, cette affaire le déride et elle vient à point.
 - Et toi, qui es-tu  ? dit il en sadressant à Tapioca
 - Je m’appelle Tapioca, je suis la fille du boulanger.
 - Et comment s’appelle tes parents  ?
 - Mr et Mme Apercé.
Ce sont eux qui nous livre du pain tous les jours. Tes parents font du bon pain, c’est bien. Ce sont de bons ouvriers. Le boulanger est le seul commerçant qui fournit encore le château. Il n’entre pas. Un sac en toile de jute est accroché à la grille chaque matin avec la commande et l’argent qui correspond. Quand le boulanger passe avec sa camionette, il n’a qu’à lire le papier et mettre le pain correspondant à la commande dans la poche.

Il klaxonne pour signaler son passage. surtout quand il pleut pour éviter que le pain ne soit trempé.
 - Et toi  dit il en s'adressant à Saucisse qui tremble de peur?
 - Moi, je suis Saucisse, le fils de Mr  Bréliau le charcutier.
 - Et toi, le petit dernier qui te cache derrière Tapioca, qui es-tu  ?
 - Je suis Gros lard, mon papa et ma maman travaillent à l’usine. Il s’appelle Mr Poirier.
 - Ton père est conseiller municipal je crois.
 - Oui, docteur. Il s’occupe des sports.
 - Je le connais, il a négocié avec moi un bout de terrain il y a quelques années avec Maître Saubagné, le Notaire.
 - Bien , les présentations sont faites.
 - Moi, je suis le docteur Melchior d’Altus, Prince du temps. Bienvenue au château des mystères.
Les enfants commencent à reprendre confiance, il a l’air gentil, ce vieux Monsieur malgré son courroux. Mais comment les choses  vont-elles se terminer, ce n’est pas évident. Il est encore trop tôt pour le savoir.

Le docteur réfléchit et brutalement demande.
 - Que faites-vous ici ?
Pierrot a repris ses couleurs, il essai d’expliquer les raisons qui l’ont pousser à s’aventurer à l’intérieur du parc du château. Le docteur est surpris, et se rappelle le dicton des mousquetaires du roi qu’il a bien connu autrefois.
Si tu ne vas pas à Lagardère , c'est Lagardère qui ira à toi.

Il comprend soudain le pourquoi des choses, il est venu dans ce monde d’adultes pour les rencontrer, oui ce sont des enfants qui lui en donne l’occasion. Elle est là la solution qu'il cherche depuis des années. Ce sont les enfant qui lui apportent la clef...

D'ailleurs les hommes ne sont-ils pas de grands enfants.
En les regardant, il s’aperçoit qu’il sont pied nus.
 - Mais vous n’avez pas de chaussures.
 - Non, non dit Tapioca, elle ne voulait pas qu’on retrouve son sac et leurs chaussures, dernier lien avec leurs parents et la société de l’autre côté du mur.

Mais le docteur n’est pas fou. Il appelle son garde chasse, lui dit quelque chose à l’oreille. Celui-ci prend congé, et part au fond du parc suivi par Jupiter.

Le docteur change de conversation, au grand soulagement de Tapioca.
Ouf, pense-t-elle, nous l’avons échappé belle.
 - Vos parents savent-ils où vos êtes demande t'il?
 - Bien sûr que non, vous leur avez désobéi, n’est ce pas  ?
 - Monsieur, le docteur, dit Gros sel.
 - Oui, jeune homme, quelque chose ne va pas  ?
 - Vous savez, on ne voulait pas vous faire de mal, ni vous fâcher, on voulait voir c’est tout.
 - Ils veulent voir… Ils vont être servi.

Car, un plan vient de  germer dans sa tête. Il va séduire ces enfants. Ils seront désormais ces premiers défenseurs. Mais il doit jouer serrer, on peut les séduire, mais on peut aussi les décevoir. Il ne doit surtout pas les braquer. Il doit s'en faire des alliés.

Vous êtes venu pour voir le château, et bien je vais vous le faire visiter, mais auparavant, il faut me jurer de n’en parler à personne. Notre rencontre doit rester secrête.

Les enfants contents de s’en tirer à si bon compte jurent avec un bel ensemble et même un certain aplomb. Apaisés sur leur avenir proche, ils suivent le docteur jusqu’au château.

Là, une première surprise les attend. Alignés dans le vestibule, leurs chaussures et leurs vêtements sont là, proprement rangés. Surpris, ils se regardent sans dire un mot, mais leur silence est plus éloquent que n’importe quelle parole.

Le docteur s’amuse de les voir.

 - Allez, chaussez-vous et dépêchez-vous.
Ils remettent leur chaussures et Tapioca, en se relevant, aperçoit son petit sac accroché au portemanteau, il n’y a plus qu’à espérer. Ils sont dans la nasse, et la trappe vient de se refermer sur eux…

Ils traversent le vestibule, et entrent dans une grande galerie, les plafonds sont peints de motif d’une autre époque, encadrés de boiseries dorées à la feuille d'or.

Sur les murs des peintures réalisées tout au long de sa vie le représentent, en habit d’époque ?

 - C’est vous sur ces tableaux demande Tapioca?.

 - Oui dit il voici chaque période de ma vie je suis immortel.

Tapioca l’écoute, polie, mais n’y croit pas. Ils descendent à la cave et le vieux monsieur leur montre de vielles armures, sa collection d’épées, des tableaux où le vieux docteur est en compagnie de personnages de l’histoire.

Les petits s’amusent beaucoup, et les grands commencent à croire le vieux docteur. Son histoire est irracontable. Personne ne les croirait jamais et ils seraient peut être puni pour avoir menti.

Il vaut mieux  qu’ils se taisent pour le moment. Ils regardent tout et remontent ensuite vers le rez de chaussée. Le Maître les amène à la cuisine  où la vieille doudou  noire a préparé une collation avec les produits du jardin.

Ils s’ en empiffrent et rejoignent vite le docteur au pied du perron du grand escalier. Le docteur les entraîne vers le parc et leur montre le dirigeable.  -   - C’est pour me promener leur dit il.
Tapioca  :
  - Vous allez où avec ça 
  - Là haut dit-il en souriant, tout là haut
  - Mais pourquoi faire dit Tapioca
  - Pour m’isoler des hommes, pour le silence, pour voir la terre d’en haut.
  - C’est beau la terre vu d’en haut demande gros lard.
  - C’est splendide dit le docteur.
  - Quand on le découvre la terre du ciel, on a envie de la protéger, elle est si belle.
  - On pourra la voir dit Saucisse, vous nous emmenerez dans votre avion.
  - Ce n’est pas un avion, c’est un dirigeable.
  - on ira quand  ? demande Gros sel.
  - Tu sais, je l’ai démonté pour le vérifier. Quand il sera prêt je le remonterai et nous pourrons partir le faire voler et aller nous promener.
  - Quand pourra t-on y aller docteur dit Pierrot.
  - Dans une quinzaine de jours pas avant.
  - Et vous nous emmènerez, c’est sûr, renchérit saucisse.
  - On verra dans quinze jours, mais on doit d'abord apprendre à ce connaître et j'espère que vous tiendrez votre langue une fois chez vous sinon, plus de Château.

La glace est maintenant rompue, les enfants ont fait amis amis avec le vieuc Docteur. Cette amitié nouvelle d’ailleurs, ne plait pas à tout le monde.

Les serviteurs voient d’un mauvais œil l’arrivée de cette petite troupe de garnements.

Ils ont débarqué dans leur vie, sans crier gare, en forçant leur porte. Leur patron est en train de craquer pour cette bande d’effrontés. Ils vont leur donner  du travail et du souci.

Avant, ils étaient tranquilles.  Que s' est-il donc passé  dans la tête  du Docteur Melchior…

Mais le docteur sait tout à fait ce qu’il fait. Il prend congé des enfants, après les avoir autorisé à revenir le voir,  dès qu’ils en auront envie à condition que le secret de leur rencontre soit bien gardé.

Le gardien du château les raccompagne  jusqu’à la porte, qu’il ouvre sans difficulté. «La prochaine fois, sonnez, on vous ouvrira, dit-il en souriant.

Le jardinier a regagné le parc, il reprend la taille les massifs de fleurs , les chiens reprennent leur veille ou se promènent en attendant la pâtée du soir. 

Rose est rentrée préparer le repas du docteur qui s’est retiré dans ses appartements. Il n’est pas mécontent de son après-midi, elle lui a plus apporté de plaisirs et nouveautés, que les dix ans qu’il vient de passer au château.

Si les enfants reviennent dans huit jours, il continuera à les séduire, il va devenir leur ami. Par eux il va regagner la  confiance des gens du pays. 

Tout en réfléchissant, il s’assoupit dans son fauteuil,  attendant calmement l’heure de passer à table.

Pendant  ce temps les enfants redescendent vers le village.
 - Il est gentil le docteur dit GL.
 - Moi aussi  dit Tapioca, quand j’ai vu nos chaussures, nos pulls et mon sac dans le vestibule, j’ai craqué,  j’ai bien cru qu’on ne ressortirait jamais vivants du château.

 - Tu vois, tout le monde se fait des idées..  »

 - Ils racontent  n’importe quoi, surenchérit Saucisse. Les adultes, c’est fini, je ne leur fait plus confiance,  tout le monde cancane sur tout le monde, c’est idiot et méchant.  »
 - « Et moi donc dit Pierrot, ils peuvent nous faire la leçon les Parents, que ce soit le maire, les maîtres, les gendarmes,  ils ne valent pas mieux les uns que les autres.
 - Quand j’ai vu les chiens, j’ai failli faire pipi dans mon pantalon.
 - «  Moi aussi ,dit gros lard, j’ai eu du mal à me retenir,  quand j’ai senti le souffle des chiens près de mes fesses,  heureusement après, ils nous ont gâté. 
 - Tu as vu  ces fruits comme ils étaient beaux, continua t-il, et en plus ils étaient très bons.
Saucisse
 - Mais la Doudou noire ellefaisait de la gueule.
Gros sel
 - Tu parles, on lui a tout dérangé

 - Et tout bouffé dit Pierrot
 - «  Moi, je reviendrai mercredi  dit tapioca
 - «  Et nous  ? dirent les petits tous en cœur.
 - «  D’accord on vous  emmène, mais silence et pas un mot aux parents dit Pierrot.
 - «  Parole de scout, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.
Les enfants sont radieux mais secret oblige, ils ne peuvent pas en parler, et rentrent chez eux heureux comme des papes.

Quand  germaine découvre les vêtements plein de goudron de Pierrot, elle se fâche tout rouge.

Elle prive Pierrot de sorties jusqu’au dimanche. Il s’en moque d’ailleurs totalement,  le principal pour lui c’est que jeudi prochain, il retrouve son nouvel ami, le Maître du Château des Mystères, le Docteur Altus Melchior et son  aéronef l’Intemporel.

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