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Nous montons vers le ciel, nous sommes déjà à quatre ou cinq mètres de haut. Peter et Ralph font un signe de la main pour leur dire au revoir . Ils répondent sans réfléchir, tant ils sont pris par la magie des lieux. Le ballon continue de grimper , il est maintenant au niveau de la cime des arbres.
Pierrot lève la tête, il voit un grand trou béant et une grande flamme bleu qui chauffe. Il a pris de la hauteur, 20 mètres peut être…Ralph et Peter sont devenus tout petits ; La piscine est là sous leurs yeux ébahis. Le toit du château est maintenant sous eux. L’aéronef s’accélère encore un peu, porté par les courants chauds de l’été. Le docteur lâche quelques sacs de sable qui retombent dans le parc. Il remonte très vite les grosses cordes qui pendent encore vers la terre. Il les enroule autour d’une roue placée là, tout exprès ;
_Voilà tout est en place dit-il.
Direction sud ouest.
Il place l’intemporel, grâce à une manœuvre délicate , face au vent tiède qui nous caresse le visage et le ballon commence à dériver vers le sud ..Les enfants ne disent pas un mot, ils sont subjugués, l’aéronef dépasse les murs du château et , porté par le vent , il se glisse à travers la campagne.
_Que c’est beau ! dit Tapioca.
_Oui, dit le docteur, c’est le village où vous habitez.
_Regardez dit Pierrot la ferme où j’habite, la route de Lozay , la gare, le château du docteur, l’église, le terrain de foot, le château d’eau, la place, on dirait une carte postale.
Nous volons en direction du bois de Saint martial. Le ballon se balance tout doucement, il semble suspendu dans les airs.
En bas, les maisons deviennent des maisons de poupée, les voitures , des boites d’allumettes et les champs, des taches de peinture vertes ou jaunes. Les vaches dans les champs ressemblent à des santons de Provence ; Les blés ondulent sous le soleil comme des déferlantes , longues et régulières .Tout semble un mécanisme bien huilé, mis place, par une main magique, comme un puzzle assemblé sur une surface infinie.Ils voient loin, très loin, jusqu’à l’endroit où le ciel rejoint la terre en une ligne invisible qu’on appelle l’horizon.
« Quelle beauté divine.Vous aviez raison, c’est inimaginable d’en bas », s’extasie Tapioca.
Des oiseaux les accompagnent comme pour les saluer ; Des hirondelles zèbrent le ciel , déroutants et vifs. Quelques rapaces , toutes ailes déployées, planent dans le silence des airs, l’œil en exergue, prêts à plonger sur leur proie. L’intemporel aussi est devenu oiseau, mais le plus saisissant , c’est le silence, le calme. Le ballon est maintenant à 300 mètres du sol. Ils peuvent apercevoir leur village au loin, tout petit, pais le docteur leur montre aussi Vielleuse la Comtesse, Lozay, Courant, Dampierre, la boutonne qui serpente, calme et sereine sous le soleil et tout au loin St Jean d’Angély avec ses tours, ses églises et ses vieux vestiges. Tout un poème.
_Moi j’ai déjà compté 16 cimetières et 18 églises, dit Saucisse. _C’est bien, mais il y a d’autres choses à voir, lui répond le docteur.
L’ambiance est gaie à bord du vaisseau, ils sont heureux d’être là, heureux d’être libres, heureux de découvrir la vie. Quelle bonne idée d’avoir décidé d’envahir le château. Ils sont partis depuis déjà un bon quart d’heure. Le docteur règle son cap sur le vent . Nous glissons dans un calme olympien. Rien ne peut leur arriver ou presque. Les sécurités sont mises en place. Ce sont des barres métalliques accrochées à la nacelle grâce à des courroies de cuir ; Si , pour une raison quelconque le ballon oscille ou bascule personne ne peut être projeté à l’extérieur.
_Les enfants, vous pouvez vous détacher maintenant, tout va bien.
Ils ne se le font pas dire deux fois.
_Vous pouvez vous promener dans la nacelle.
_Docteur, que mettez-vous dans la malle ?
_Ce sont toutes les choses dont nous pourrions avoir besoin au cours du vol. Des outils, des cordes, des cartes et plein d’autres choses essentielles quand je voyage
_On peut regarder . .
_Ouvrez la si vous voulez, mais ne touchez à rien. Ce ne sont pas des jouets. Ils ouvrent la malle , retrouvent leurs sacs bien rangés au centre ; Fixé au couvercle, il y a une trousse de survie prête à servir, une hache, une scie, un marteau, une clé à molette, des pointes, du fil de fer, des cordages, une massue. Sur les côtés, plusieurs fusils, des boites de cartouches, deux pistolets ,des boites de balle, des cordages et plein d’autres choses que n’aurait pas désavoué, certaines panoplies des plus parfaits bricoleurs.
_pourquoi emmenez-vous tout ça docteur demande Pierrot ?
_Je fais parfois de longs voyages. Je dois me protéger, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je veux être capable de faire face à toutes les éventualités. Si les enfants doutaient encore du sérieux de leur sécurité, les dernières explications du docteur et ses précautions les auront satisfaits ;
Les enfants plaisantent, ils s’exclament à mesure que le ballon avance. Ils sont surpris de constater que plus ils montent, plus la terre devient plate et plus les champs petits. Ils volent à 600 pieds. L’air s’est rafraîchi. Le ciel immaculé d’azur sous un soleil de plomb rend le voyage plus agréable encore.
Le docteur vérifie une dernière fois ses appareils. Il repère la route , s’assoit dans un fauteuil d’osier et contemple le ciel , bercé uniquement par le balancement de la nacelle dans les turbulences calmes et sereines de ce matin là.
Mais le docteur est toujours accompagné de ses deux génies ; Melchior est celui du bien et Lucifer , celui du mal.
Lucifer entreprend de faire chanter les cordes qui soutiennent la nacelle et emprisonnent le gros ballon. Tout doucement d’abord, le ballon prend un angle légèrement en biais, l’air en sifflant dans les filins, les font vibrer. Une douce musique les envahit. Balancé par l’air chaud, bercé par cette musique les envahit. Balancé par l’air chaud, bercé par cette musique douce , le docteur s’assoupit, les ses en alerte. Il perd pourtant de l’acuité, il ne sent pas l’intemporel dévier de quelques degrés. Lucifer s’amuse beaucoup. Il sait que, sur la forêt, près de la lisière, la bas il y a une violente dépression. Elle est due à une rencontre d’air froid et d’air chaud . Tous les pilotes vous le diront . Ils évitent les forêts à basse altitude, pour ne pas être secoués par les turbulences. Les enfants contemplent le paysage, ne se rendent compte de rien . Le ballon glisse vers la forêt, baigné par les rayons du soleil radieux.
Posé sur un courant ascendant, le ballon monte , il monte, 1000 pieds, 2000 pieds, 4000 pieds. Les maisons sont maintenant des confettis, les champs de petites étiquettes et les gens sont gros comme des grains de maïs. Le docteur somnole toujours, Lucifer veille sur l’intemporel. Aux premiers contact avec les courants froids, le ballon tressaute, il est au-dessus de la forêt d’Aulnay, elle s’étale sous ses pieds, immense et belle. Il conduit la ballon là où il voulait qu’il soit et Lucifer s’efface en disparaissant dans un rire à rebondissement qui se perd dans les flots du temps. Dès les premières secousses, le docteur ouvre les yeux.
Tiens, se dit-il je me suis endormi.
Une seconde secousse le fait sursauter beaucoup plus puissamment, il tourne la tête vers ses computeurs, et se lève d’un bond comme s’il était assis sur un siège éjectable !
Bon sang, crie-t-il, vous ne pouviez pas me réveiller !
Pourquoi, tout va bien docteur !
Le docteur : Tout va bien, mais ils sont fous, 4000 pies, c’est de la folie !
Nous sommes beaucoup trop haut, le ballon est en surpression. Tout en disant cela, il tire sur la manette d’urgence pour que l’air s’échappe. Un sifflement strident se fait entendre, mais le ballon ne descend pas, mais le ballon ne descend pas. L’air froid nous envahit peu à peu, le ballon est pris d’un tremblement nerveux comme s’il était posé sur un déferlante. Le docteur ouvre les trois poignées de sécurité et l’air s’échappe puissamment. Un brouillard épais nous enveloppe soudain, blanc d’abord, puis noir. Le ballon oscille de plus en plus. Il a dans le ciel la position d’une nacelle, sur les manèges de la foire du trône, complètement oblique. Un vent tourbillonnant s’est levé. Le ballon tourne maintenant sur lui-même. Le brouillard est de plus en plus dense. La lumière du jour disparaît. Il fait presque noir. Le soleil s’est envolé et le chant des tempêtes remplace la musique douce. La dépression s’accentue encore. Le ballon est ballotté d’un côté de l’autre, secoué même.
Attachez-vous les enfants crie le docteur.
Il ne sait plus sur quel bouton appuyer, il n’est plus maître à bord. Lucifer l’observe d’en haut, le sourire aux lèvres fier de son œuvre.
Le docteur se met à jurer.
Par Lucifer, mais qu’as-tu fait ?
Un long rire lugubre lui répond.
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